lundi 9 août 2010

Des mises au jeu et de ceux qui s'y présentent...

Je vais présenter les mises en jeu sous un jour légèrement habituel de celui que l'on trouve généralement dans les médias. Il est en effet commun de parler du pourcentage de réussite sur les mises en jeu; tel joueur est à 53%, tel autre à 45%. C'est, à mon humble avis, regrettable. Comme tant d'autres statistiques utilisées pour le hockey, ce qu'on embarque dans ce pourcentage le rend insignifiant. En gros, on y additionne les mises en jeu indépendamment de la situation numérique et on donne ainsi un large avantage au joueur qui se présente sur l'avantage numérique au détriment des autres. Or, il a été démontré (et je finirai bien par retrouver les chiffres) qu'à l'échelle de la ligue, les pourcentages de réussite sont d'environs 50% à forces égales, 46% en désavantage e 54% en supériorité numérique. Le spécialiste en défensive qui ne joue jamais sur le jeu de puissance, mais toujours sur la première vague de désavantage numérique va donc certainement se retrouver derrière le spécialiste des avantages numériques. Radek Bonk, Brian Smolinsky, Yannick Perrault sont autant de joueurs qui ont ainsi vu leurs performances au cercle de mise en jeu présentées sous des jours faussés.

Mais plus encore, on ne parle que rarement de la zone dans laquelle une mise en jeu s'est tenue. Or, comme je l'ai illustré plus tôt cet été, les différentiels de chances de marquer, de tirs au filet et de mises en jeu par zones vont main dans la main dans la main. La grande différence selon moi entre les chances et les tirs d'un côté et les mises de l'autre, c'est que l'entraîneur a partiellement son mot à dire dans celles-ci. Ce qu'on voit de la distribution par l'entraîneur des affectations aux mises en jeu nous donne donc une bonne idée du genre de tâches qui ont été généralement assignées aux joueurs en présence.

Les informations que je présente ici ont été tirées des journaux des événements de chaque match du Canadien en 2009-2010 (voici le lien vers celui du dernier match en saison régulière).

Au cours de la saison 2009-2010, un grand total de 3580 mises en jeu ont eu lieu à forces égales lors des matchs du Canadien. 1134 ont été tenues en zone défensive, 1414 en zone neutre et 1032 en zone adverse. Il faut souligner une dernière nuance: les dégagements refusés. Celles des mises en jeu qui sont tenues suite à un dégagement ne permettent pas à l'entraîneur de mettre ses hommes au bon endroit et nous permettent d'identifier les joueurs qui sont plus souvent que d'autres victimes. Inversement, les présences de joueurs sur dégagements refusés à l'adversaire nous indiquent ceux qui, toutes proportions gardées, savent exercer de la pression sur leurs adversaires.

Des 3580 mises en jeu à forces égales, 444 ont été tenues suite à un dégagement refusé; 239 en zone défensive, 205 en zone offensive. Voici la distribution des présences sur les 444 dégagements refusés lors des matchs du CH, pour les 10 joueurs étiquetés comme centres la saison dernière:





Plekanec est-il si poche? Maiiiiis non. Regardons ça en fonction du temps de glace:






Ok, ça ne s'améliore pas tant que ça. Les causes de ces ratios apparaissent plus clairement lorsqu'on regarde la somme des mises en jeu prises par chacun des joueurs de centre de l'équipe:

Les mises en jeu en zone défensive ne comprennent pas les dégagements refusés.

Quand Pierre Gauthier, répondant aux questions des journalistes au sujet de Plekanec, affirmait "Le coach l'aime", on voit un peu d'où ça venait. Avec un temps de glace identique, Plekanec a pris 68 mises en jeu de plus en zone défensive. %É signifie le % de l'équipe et %J la part dans les mises du joueur. Les 310 mises en jeu de Pleks représentent donc 34% celles tenues par l'équipe en zone défensive à forces égales et 29% des 1105 mises auxquelles Pleks a assisté. Gomez, par contre, en a près de 50 de plus en zone offensive. Métro, que j'ai passé une partie de la saison à trouver vieux et lent, s'est fait lourdement taxer à ce niveau et ce n'est qu'à l'arrivée de Moore que Martin l'a un peu lâché. Voyons maintenant jusqu'à quel point Martin a joué dans cette distribution:

A: attribuée par l'entraîneur
DR: Suite à un dégagement refusé
Cr: Crée au cours d'une présence; ne coïncide pas avec le début d'une présence du joueur
Outre les 239 tenues suite à un dégagement refusé, Martin a décidé d'envoyer de nouveaux joueurs dans 552 des 895 mises en jeu tenues en zone défensive. Ça n'est pas un détail! Plekanec, avec 58 mises en jeu de plus que Gomez, est encore ici largement devant les autres. Avant de m'étendre sur la question, voici le même tableau, sous forme de pourcentages:



Et tant qu'à y être, voici, la distribution des mises en jeu attribuées en zone défensive pour les principaux joueurs de centre de l'équipe, par mois:

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Il est intéressant de voir comment Metropolit, au départ le 4e centre de l'équipe, a rapidement monté en grade sur ces assignations, suite à la disgrâce de Lapierre ainsi que la blessure de Gomez. Martin, à partir du mois de janvier, réalise à quel point le vieux Métro n'est pas de taille et ramène Gomez dans le haut de la liste. Ce qui me surprend ici: l'arrivée de Moore allège principalement la tâche de Gomez et, c'est une moindre surprise, fait littéralement disparaître métro de la carte. Mon graphique est un peu croche et, par conséquent, déforme les courbes de Lapierre et Pyatt.

Toutes ces données laissent voir à quel point Plekanec est important pour le Canadien. Entendons-nous: peut-être est-il mal avisé de s'appuyer ainsi sur un joueur de la trempe de Pleks, je ne saurais le dire. Mais le fait est que Martin et Gauthier, en plein contrôle de l'organisation, ont un homme de confiance, soit le numéro 14. Il sera intéressant de voir ce qu'on lui réserve comme assignations en 2010-2011.

Aussi, c'est maintenant un classique. Je construis un indicateur donnant un aperçu du travail de l'équipe sur le long de la saison et hop, l'apparition de Moore se présente comme un tournant. Comme quoi les statistiques ne servent pas qu'à contredire ce que les observateurs constatent de leurs yeux. Ces tableaux sont donc selon moi un bel exemple de ce que les stats peuvent souvent confirmer ce que les observateurs sont capables de voir de leurs propres yeux. Après tout, on parle tous de la même game, non?

Par ailleurs, je trouve simplement extraordinaire, vu le salaire que commandait et commandera Moore, que le CH ne l'ait pas ramené. Des 8 joueurs de centre ayant évolué derrière Gomez et Plekanec, il est clairement le seul à avoir été capable de faire le travail. Je ne sais pas si c'est Boyd ou Eller que Gauthier et Martin voient gros, mais j'admets que je suis plutôt emmerdé. Si ingrate soit la job, n'est pas 3e centre qui veut. Lang et Smolinsky avant lui étaient des vétérans habiles qui connaissaient le tabac. Métro, je le soupçonne à voir les chiffres de la dernière saison, n'était pas plus capable de remplacer Lang en 08-09 que Moore en 09-10. Çe me suggère que l'organisation a, disons, semé un doute dans mon esprit quant à sa capacité d'évaluer ce genre de joueur. J'ai sûrement tort.
Scott Gomez est une bête. Une drôle de bête, une bête qui a un des pires tirs du poignet parmi les réguliers de top-6 de la ligue, mais une bête quand même. Son impact sur les mises en jeu est intéressant à noter. En fait, je le trouve carrément stupéfiant; le gars est, ne serait-ce qu'à l'échelle de l'équipe, dans une catégorie à part. Ce texte étant déjà long pour un billet de blogue, ça sera le sujet du prochain.

2 commentaires:

LeMatheux a dit…

Quand tu rechignes contre la capacite a l'organisation a evaluer l'impact d'un joueur comme Moore, je me permets quand meme deux observations:

1- Gauthier est celui qui est alle le chercher pour commencer, et il y a mis un deuxieme choix au repechage, un prix qui a ete qualifie de grossierement surpaye par de nombreux commentateurs; faut croire qu'il y voyait de la valeur.

2- Martin, pour tous les defauts que je lui trouve, a quand meme vite adapte son schema de selection de centres pour lui donner le role voulu.

Il faut croire qu'en quelque part, Gauthier et Martin savaient que Moore valait la peine d'etre acquis et utilise; leur capacite de trouver des joueurs de ce genre existe donc, et peut-etre qu'ils se disent que c'est le genre de joueur qui se trouve en cours de saison s'il advenait que Eller ou Boyd ou Lapierre ou qui sait Pouliot ne puissent pas faire la job.

Olivier a dit…

Peut-être qu'il lui donnait une grande valeur, mais peut-être aussi qu'il était désespéré. La totale disparition de Métro des assignations défensives montre qu'au-delà des mérites de Moore, on a surtout dû se demerder rapidement parce qu'on n'avait personne pour prendre la place de 3e centre.

Ton deuxième point est important et je l'avais sous-estimé. Faut croire qu'entre Boyd et Eller, l'état-major a considère que ces deux là sont globalement supérieurs à Moore-Eller ou encore Moore-Boyd. Parce qu'à 5-700k au-dessus du salaire minimum, Moore ne représente pas un coût financier terriblement difficile à encaisser. Vu la feuille de route d'Eller et les compétences défensives que l'on impute à Boyd, la chose ne me semble pas complètement absurde, à y repenser. On verra.