dimanche 5 septembre 2010

Price, encore.

En matière d'analyse des performances de gardiens de but, le blogueur de référence est selon moi le Contrarian Goaltender. Ce dernier écrit rarement, mais lorsqu'il se commet, le coup porte. Un point récurrent de ses analyses concerne la différence entre les pourcentages d'arrêts à forces égales et sur les unités spéciales. Ce billet en particulier, prenant José Théodore comme exemple, est une bonne introduction à ses arguments. Alors voilà. Si on accepte l'idée selon laquelle le pourcentage d'arrêts à forces égales est un des meilleurs indicateurs que l'on possède pour se faire une idée des aptitudes d'un gardien de but, comment le poulain préféré du CH se classe-t-il aujourd'hui?

Selon le site de la LNH, 138 gardiens de but différents ont évolué dans la LNH au cours des 4 dernières saisons. Ces 138 gardiens ont reçu 225547 tirs au but au cours de cette période, 18344 de ceux-ci étant convertis en buts pour un taux d'arrêts à forces égales de 0,918. Le taux de talent n'est évidemment pas également réparti; la moyenne des taux d'arrêts de ces 138 gardiens se situe, elle, à 0,908... C'est là une simple illustration de l'effet de sélection des gardiens; les pochetrons ne restent pas longtemps (sauf chez les Leafs...).

85 de ces 138 joueurs ont affronté au moins 500 tirs au but en 4 ans et parmi ceux-ci, la moyenne des taux d'arrêts est plutôt de 0,916 avec un écart-type de 0,010... Bref, parce qu'on est entre amateurs, on tournera les coins ronds en disant qu'un joueur qui, sur 4 ans, traverse la barrière du 0,926 a probablement été un fichu bon gardien et celui qui s'est tenu sous les 0,906 a été franchement mauvais. Ces 85 gardiens ont affronté, en moyenne, 2586 tirs au but au cours des 4 dernières années, mais ici l'écart-type est de 1646 tirs. Je prends donc, vite de même, le seuil des 940 tirs comme indicateur d'une utilisation vraiment faible et, par conséquent, d'un taux d'arrêts à prendre avec des pincettes. Ce premier graphique exprime bien ce que je veux dire; il s'agit des pourcentages d'arrêts des 85 gardiens sélectionnés, en ordre décroissant de tirs affrontés:

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Les équipes de la LNH ne font pas que regarder les pourcentages d'arrêts lorsqu'elles donnent du temps à tel ou tel gardien. Je pense qu'on peut prendre pour acquis que ces équipes excellent généralement dans l'art de distinguer les bons gardiens des gardiens chanceux (sauf les Leafs, bien sûr). Les grosses variations que l'on retrouve à la droite du graphique, chez les gardiens peu utilisés, illustrent combien ces chiffres peuvent varier sur des échantillons restreints, et ce peu importe le joueur.

Voici les 21 joueurs les moins utilisés (ayant affronté 1160 tirs ou moins):



Rask n'a pas trop l'air d'un pied de céleri, mais attendons encore un peu; Price, à sa première année, a fait 0,929 sur 957 tirs. N'empêche, parce qu'ils sont présentement au-dessus du plafond, les Bruins ne pourront pas garder Tyler Seguin (ce qui n'est pas terrible en soit; Krejci, Bergeron et Savard forment une très belle ligne de centre), doivent se débarrasser d'un peu plus de deux millions pour rentrer sous le plafond et, oh, payent Thomas 5 millions pour les 3 prochaines années.

N'empêche, le vieux Tim n'est pas encore mort. Voici la liste des 85 gardiens; en vert sont ceux qui ont vu un nombre de tirs supérieur à un écart-type de la moyenne, en rouge ceux qui sont un en bas. En vert pâle, ce sont ceux qui ont vu au moins 3000 tirs, un seuil raisonnable pour se faire une idée des aptitudes réelles d'un gardien. En bas de 3000, la (mal)chance a potentiellement significativement joué. C'est ce que j'ai cru comprendre en lisant à gauche et à droite, mais je n'ai pas de démonstration (ou d'hyperlien!) en main, alors n'allez pas parier des bières là-dessus.


Price, avec son 0,923, est dans le haut du peloton du milieu, alors que Halak flirte quant à lui avec l'élite. La différence, c'est qu'on peut s'attendre à ce que Price s'améliore encore alors que Halak est probablement rendu au somment de son art. Quand même, avec ses 3129 tirs à forces égales, Price est déjà, après 3 ans dans les rangs professionnels, un gardien établi. C'est exceptionnel et ça indique l'importance que lui attache l'organisation. Ces deux années à 2,75 millions ne vont probablement pas avoir un rapport qualité/prix supérieur à ce que Halak, à 0,775 par année, vient de nous donner au cours des deux dernières, mais on peut s'attendre à un solide retour sur l'investissement. C'est après qu'il sera intéressant de voir si l'équipe résistera à la tentation de sortir le pactole.

Vokoun est particulièrement impressionnant. À 34 ans, il vient de coller des saisons de 0,925, 0,935 et 0,937; à sa dernière année de contrat, la Floride va peut-être aller chercher quelque chose d'intéressant contre ses services si une équipe de milieu de peloton décide de se payer Vokoun dans l'espoir d'un long printemps.

6 commentaires:

Sch a dit…

Est-ce que y'a des gens qui sont supposés être surpris que Biron soit clairement plus élevé que Auld ?

Olivier a dit…

Et avec 4200 tirs, on a une très bonne idée de ce que vaut Biron; il illustre parfaitement l'écrasement du marché des gardiens.

Sch a dit…

Y'aura quand même des Prix Nobel pour donner un gros contrat à Leighton sur la base d'un mois.

Cela dit, c'est toujours moins pire que bien des investissements douteux pour d'autres positions (surtout les defs - Jeff Finger notamment). Bref, le marché me semble surtout à l'avantage des defs et des joueurs qui tombent dans l'oeil de Quinn.

Sch a dit…

Et là encore, ça exclut la plupart des defs unidimensionnels de point d'appui.

Steven Painchaud a dit…

(un peu en retard...)

Je suis impressionné de voir que Yann Danis est aussi haut dans le classement (peu de tir mais quand même).

Dommage qu'il soit parti en Russie: il aurait peut-être fait plus l'affaire ailleurs! :(

Olivier a dit…

Pas si tard, et de toute façon, blogger me le dit lorsqu'on envoie un commentaire...

Dubielewicz est un autre cas comme Danis: pas une grosse quantité de tirs avec de très bons chiffres. D'autres gars comme Harding ou encore Belfour sont bien classés sur des quantités relativement restreintes de tirs.

J'ai l'impression que les équipes de la LNH sont, sauf les Leafs sous Ferguson, excellentes depuis le lock-out pour détecter les bons gardiens et bien les entraîner. Y'a tellement pas de postes disponibles...

Alors t'as des gars comme Danis et Dubielewicz qui ne font pas tout à fait le poid (en fait, Dubielewicz a été pris derrière un tas d'excellents gardiens et il est tout petit) mais qui ont été "hot" au moment ou ils ont pris leurs tasses de cafés.

Danis est relativement jeune, 27 ans, mais il n'a fait que .909 en 86 matchs dans la LAH, dont sa première année à ,924... À moins qu'il n'aie été toujours torpillé par des désavantages numériques merdiques, on dirait qu'il est juste en-dessous de la ligne.

Dubielewicz est pareil; 0,917 dans la LAH en 196 matchs (dont une saison de 0,933; lui et Danis ont commencé avec de grosses saisons pour retomber ensuite). Mais il passe 4 ans derrière DiPietro et Snow à Long Island, à 30 ans passes un an derrière Leclaire et Mason à Colombus (mais semble crisser son camp en KHL) et finit ça derrière Backstrom et Harding au Minnesota, qui ne l'ont toujours pas resigné...

Comme dirait l'autre, c'est dissicile...

Le niveau de talent parmi les gardiens est tout simplement incroyable depuis que les héritiers de Roy, Hasek et Brodeur sont arrivés.