mardi 24 août 2010

Le trou noir

Ceux qui fréquentent le blogue depuis quelques temps ont probablement remarqué que j'entretiens par le biais des commentaires du blogue une conversation suivie avec un commentateur, Le Matheux, depuis les débuts de la saison 2009-2010.

Le Matheux m'a sorti plus tôt cet été un tableau fort intéressant et m'a offert d'écrire un billet pour le commenter. Il s'agit d'une analyse comme j'en fais peu ici: Le Matheux y compare les performances des joueurs ayant évolué pour le CH au cours des dernières années, mais sous l'angle des variations enregistrées lorsqu'ils quittent ou arrivent à Montréal. Le résultat est éloquent.

C'est avec grand plaisir que je lui prêtes ici la plume.

----------

Avez-vous déjà regardé les joueurs se joindre au Canadien et vous êtes dit au milieu de la saison, « me semble qu'il était meilleur avant » ? Avez-vous subi un sentiment de jalousie en voyant un joueur quitter le Canadien et instantanément devenir apparemment meilleur ?
Je viens ici vous fournir une possibilité qui explique ce qui, peut-être, vous a donné l'impression que les joueurs jouent plus mal pour le Canadien que pour les autres équipes... à savoir, que vous avez parfaitement raison.
L'analyse des TVFs a été largement évoquée sur ce blogue et ailleurs; c'est à cette statistique que je me suis intéressé ici. Ce qui suit n'a rien d'une savante analyse et n'a pas vraiment un gros caractère scientifique. Je ne suis pas Olivier, dont la capacité à casser du chiffre ne cesse de m'émerveiller. Mais j'ai quand même monté mon propre petit tableau qui, sans pouvoir présenter de conclusion définitive, suggère quand même que Montréal fait figure de véritable trou noir des Corsis.
Sans plus attendre, voici le morceau:

Cliquez pour agrandir
Bon, il faut quand même faire attention avec ça, car un joueur peut changer de rôle en changeant d'équipe où même d'année en année. Donc les circonstances vont avoir une incidence sérieuse sur les TVFs; cela dit, le rôle d'un joueur comme Gomez ou Cammalleri ou même Moen ne va pas être complètement transformé quand il passe à un autre club. Il devrait donc normalement y avoir un minimum de stabilité...

Deux constatations immédiates: premièrement, les chiffres en bleu sont presque tous dans le négatif. Comme le mentionnait Olivier, le Canadien a été relativement poche à 5 contre 5 ces dernières années; ceci n'est pas arrivé par accident.

Deuxièmement, le chandail du Canadien ressemble carrément à de la kryptonite. À quelques exceptions près, tous les joueurs qui se sont amenés avec le Canadien ont pris une maudite débarque. Tous ceux qui ont quitté le Canadien ont pris une remontée. Tanguay et Lang, qui se sont joint au Canadien seulement pour l'année médiane, sont des exemples particulièrement saisissants à cause du graphique en V que leurs TVFs a fait sur les trois années en question. Mais même quelqu'un comme Ryder s'est amélioré de +10 en passant aux Bruins, et comme Olivier me le faisait remarquer, Boston n'était pas une équipe monstre aux TVFs et n'a pas joué avec des piochons à Montréal.
On remarque les exceptions: Moen, qui sortait d'une année effroyable a San José, et Pouliot qui n'était même pas régulier chez le Wild et y avait un rôle plus défensif. Et Laraque, mais lui, on peut difficilement prétendre qu'il puisse s'améliorer. Sinon... joindre le Canadien conduit à la varlope généralisée.
À ma connaissance, malgré toute l'attention reçue par les TVFs dans la blogosphère, il n'y a pas vraiment d'analyse qui examine quel impact changer d'équipe peut avoir sur les TVFs d'un joueur. Ce tableau suggère certainement que cela peut être un énorme facteur et qu'une recherche plus poussée dans ce sens pourrait aider à isoler certains facteurs qui ne dépendent pas individuellement du joueur. Le cas du Canadien de 2009-2010 est d'ailleurs unique: 10 changements de personnel et un nouvel entraîneur! D'ailleurs, au vu des TVFs pré-Canadiens des nouvelles acquisitions, Gainey a eu l'approche tout à fait logique de chercher à améliorer l'équipe en accumulant les joueurs qui excellaient à cinq contre cinq avec d'autres clubs.
Et pourtant, ce fut un échec sur toute la ligne. Il semblerait que d'aller chercher des bons joueurs (et un coach qui semblait pouvoir se démerder en Floride) ne soit pas suffisant pour créer un bon club de hockey.
Le phénomène de l'effet trou noir du Canadien semble bien réel; mais quelle en est la cause ? Quelques possibilités...

1.Les joueurs sont devenus individuellement moins bons en se joignant au Canadien; leurs habiletés se sont dégradées juste en mettant la Sainte-Flanelle. C'est intuitivement absurde, bien sûr, et on peut d'ailleurs le confirmer en consultant la colonne des TVFs relatifs. Celle-ci décrit la différence entre les TVFs quand un joueur est sur la glace et quand il n'y est pas; il permet donc en quelque sorte de mesurer à quel point un joueur se compare au reste de son équipe. Gomez, donc, demeure supérieur au reste de son équipe au même degré qu'il l'était avec les Rangers... sauf que ce niveau est franchement moindre. Et d'ailleurs, avez-vous eu l'impression que Gionta ou Cammalleri jouaient mal, vous ? 
2.Les joueurs sont passés d'une équipe dont les joueurs étaient supérieurs à une équipe dont les coéquipiers sont plus faibles. C'est une théorie qui se tient, mais le CH vient de remplacer 10 joueurs, incluant la moitié de son top-6, sans amélioration, et comme mentionné ci-haut, les joueurs choisis ne semblaient pas être des pieds de céleri. Le Canadien est donc, généralement, composé de bons joueurs. Mais dès qu'ils mettent le gilet du Canadien... 
3.Il y a manque d'équilibre chez le Canadien; ça prendrait plus de « gros bonshommes » pour faire la différence à forces égales. C'est une thèse extrêmement populaire, qu'on voit répétée sur toutes les tribunes. Je n'achète pas vraiment. Les joueurs du Canadien sont dans le rouge de haut en bas, gros pas gros; en fait, les petits joueurs comme Cammalleri et Gionta ont performé plus que le reste de l'équipe, certainement mieux que les gros avants du Canadien. Il est beaucoup plus important d'être un bon joueur de hockey, et d'être gros est un outil au même titre que d'être rapide. 
4.Le système de l'entraîneur. Il est certes vrai que le système de Jacques Martin ne semble pas privilégier la possession de rondelle, quoi qu’il prétende. Mais il ne semble pas avoir eu beaucoup d'effets négatifs sur les joueurs qui sont restés de l'ère Carbonneau. (Les Anglophones ont une phrase magnifique: « damning with faint praise. ») Mais un entraîneur peut-il réellement avoir autant d'impact ? 
Maintenant, c'est le moment des bonnes nouvelles/mauvaises nouvelles. Les bonnes d'abord: l'effet trou noir semble être LE problème auquel fait face le Canadien et qui l'empêche de devenir une bonne équipe capable de compétitionner à cinq contre cinq. Olivier mentionnait, dans un précédent billet, qu'il ne croyait pas l'équipe en mesure de faire un grand bond en avant. Je ne partage pas nécessairement cet avis, parce que le Canadien s'est rempli de bons joueurs, et ceux-ci ne sont pas vraiment devenus plus poches en se joignant au Canadien. Si le CH parvient à régler le problème qui cause ce fameux effet trou noir, quel qu'il soit, je crois sincèrement qu'il a les joueurs pour grandement améliorer sa fiche.
Oh, il ne pourra pas devenir une puissance a forces égales... mais avec ses prouesses en unités spéciales et son historique de dégotter des performances de gardiens époustouflantes, il pourrait se maintenir à 49%-50% en TVFs/5v5 et devenir une équipe fort dangereuse. Et ce n'est pas complètement impossible: le Canadien a été une équipe aux TVFs positifs au début de 2009-2010, et c'était même sans Markov!
La mauvaise: l'effet trou noir semble être LE problème auquel fait face le Canadien et qui l'empêche de devenir une bonne équipe capable de compétitionner à cinq contre cinq. Tant qu'on ne règle pas ce fameux problème, tous les changements de personnel du monde risquent de ne pas faire une grosse différence. Oh, c'est sûr que d'ajouter un joueur d'impact aiderait le Canadien, sauf que s'il se retrouve à subir l'effet trou noir de Montréal, ce a risque fort de ne pas suffire à redresser l'équipe.
Ce n'est donc pas un problème qu'on peut régler avec des changements de joueurs. Comme mentionné plus haut, le Canadien a même essayé cela de façon radicale l'an dernier, et ça n'a vraiment pas donné de bons résultats. Il faut donc chercher ailleurs.
Mais où ? Je pense qu'on sait tous ce que j'en pense personnellement (indice: ma solution est rendue à Tampa Bay) mais il reste l'élément le plus mystérieux dans cette histoire, le fameux tableau de la ligne du temps, qui nous donnait pourtant l'impression en début de saison que les changements apportés par Gainey et le système de Martin avaient eu exactement l'effet voulu. Peut-être que la solution consiste simplement à revenir à ce qui marchait à ce moment-là... avec deux gardiens erratiques en moins.

lundi 16 août 2010

Retour sur les chances de marquer: les joueurs

J'ai, dans les deux précédents billets, indiqué comment les mises en jeu sont un moyen pour l'entraîneur de contrôler quel joueur se retrouve dans quelle situation. Les données en présence nous ont permis de constater que Jaques Martin en particulier ne se gênait pas pour utiliser ce levier.

J'ai aussi indiqué plus tôt dans l'été en quoi les chances de marquer, les pourcentages de mises en jeu en zone défensive et les tirs vers le filet (TVF) se suivent à la queue leu leu à l'échelle d'une saison.

Pour une fois je mets l'article complet sur une page séparée. Installez-vous confortablement, celui-là dure un moment.


lundi 9 août 2010

Gomez II

Corey Pronman, du Hock Project et de Puck Prospectus, est un de mes blogueursfavorisi. Il a souvent qualifié Gomez de "chucker", indiquant par là une certaine propension à domper la noire non pas dans le coin, mais plutôt sur le gardien. Ce serait là un problème. Le Hockey Rodentt, excellent blogueur des Rangers de New York, qualifiait aussi Gomez de joueur bon à pédaler avec la rondelle sur 120 pieds (bref, jusqu'à la ligne bleue adverse), mais qu'après ça, bof.

Je pense qu'on est ici en présence un cas typique d'observation sélective. Je n'ai jamais vu chez le CH un joueur qui transporte aussi souvent la rondelle. Cette réalité, que Gomez ramasse la puck quelque part pour ensuite l'amener en zone adverse, où il génère des chances de marquer comme n'importe quel centre de top-6 établi, est tellement massive qu'on en vient à la banaliser, sinon ne plus la voir. Le gars n'a pas de garnotte, alors il ne perd pas son temps à attaquer l'enclave comme un Crosby ou un Ovechkin. Mais que doit-on penser de cette propension à arriver en zone adverse pour ensuite provoquer d'un faible tir une mise en jeu? Les chiffres dévoilés dans le précédent billet semblent confirmer cela, jusqu'à un certain point... Gomez augmenterait significativement son nombre de mises en jeu en zone adverse en donnant la rondelle au gardien.

C'est le genre de chose que les journaux d'événements de matchs nous permettent de savoir. Je vais ici commencer par regarder la présence des joueurs de centre du CH lors d'arrêts de jeu survenus à forces égales. De fait, il y a eu, selon ce que j'ai su en extraire des documents de la LNH, 18103 présences à forces égales sur des arrêts de jeu de la part des joueurs du CH au cours de la saison régulière. Ces arrêts de jeu ont été décrits de 51(!) façons différentes, descriptions que j'ai ramassées en 6 groupes désignant l'origine générale de l'arrêt de jeu. Les groupes sont:

  • Gardien
  • Rondelle "gelée" (pas mieux défini que ça)
  • Joueurs
  • Hors-jeu
  • Dégagements refusés
  • Arbitres, autres...
Voici le tableau des catégories regroupées avec les dénombrements divisés par la zone où a eu lieu l'événement précédant l'arrêt dans le journal des événements:

Cliquez pour agrandir
Premier constat: 6 officiels blessés suite à une rondelle dans la foule, une hécatombe! Plus sérieusement, si quelqu'un a un autre regroupement à suggérer... J'avoue être embêté par les rondelles gelées; ça ressemble à des interventions du gardien sur des rondelles bondissantes, mais bon.

Et voici les mêmes données, pour les seuls joueurs de centre cette fois-ci.

Cliquez pour agrandir
L'objectif de ce tableau est de déterminer si on peut attribuer à Gomez une propension plus marquée au tirage de garnotte au profit d'ultérieures mises en jeu. Ce sont donc les trois premiers indicateurs qui nous intéressent, les autres me semblant marginaux. Je me permets quand même de noter que Gomez, s'il semble générer un plus grand nombre d'événements que les autres (ce qui ne va pas sans le fait qu'il génère un plus grand nombre de TVF à la minute), ne semble pas pour autant le faire dans des proportions franchement différentes. En fait, là où il se démarque, c'est qu'il semble accorder plus de tirs mais moins de dégagements refusés [voir notes à la fin] que ses coéquipiers...

Voici donc un troisième tableau, représentant les arrêts de Gardien, de rondelle gelée et de joueurs commis en zone offensive.

Cliquez pour agrandir
Je ne vois rien. 21 arrêts de plus par le gardien que Plekanec, son plus proche comparable en temps de jeu? Sachant que Pleks part tout le temps en zone défensive contre les meilleurs... Gomez ne semble juste pas favoriser de manière outrancière certains comportements susceptibles de "padder" ses TVF et autres stats avancées. Quoi qu'il ne s'agisse pas de talents comparables, bien des critiques faites au sujet de Gomez me rappellent les commentaires sur Vladimir Guerrero au début de sa carrière. De nombreux analystes voyaient dans son "manque de patience au bâton" un manque de discipline, de maturité. Or, un joueur ne fait pas ce que Vlad a fait à ses premières années en étant "immature" ou encore "indiscipliné". Béni d'un extraordinaire talent de frappeur (contact et puissance sur une aire débordant largement de la zone des prises), Guerrero comprenait (et comprends toujours) qu'à un talent marginal conviennent des méthodes marginales. C'est le caractère méthodique et par conséquent massif de l'approche de Guerrero qui a longtemps aveuglé les observateurs superficiels. Incapables d'associer rapidement l'approche de Vlad à un quelconque canon, ne leur restait comme cadre d'analyse que les déficiences que ces canons identifiaient. S'en est écrit des conneries sur le grand Vlad.

Je pense qu'on en vient à ne plus voir ce qui pourtant nous a tous saisis dès le premier jour: le gars transporte toujours la rondelle et l'amène toujours en zone adverse. Même Plekanec n'essaie pas ça aussi constamment. Lapierre essayerait, il ne serait plus dans la LNH. Le sport professionnel est par définition profondément conservateur et les weirdos comme Gomez sont toujours un peu stigmatisés. Mais il est assez clair que la LNH, comme milieu d'analyse statistique, n'est pas le baseball majeur de Moneyball. Le Canadien comptes les plus et moins depuis les années 40 et je mettrais ma main au feu que les tentaculaires réseaux de filiales de Pollock généraient des informations d'autant plus précises que ce que l'on retrouve sur les feuilles de matchs de la LNH. Ils sont rares les contrats comme celui de Huet. Si peu estimé soit Gomez sur les babillards électroniques, le gars n'est probablement pas payé 7 millions pour rien.

Pour en revenir aux chiffres... Tout semble indiquer que s'il bénéficie d'une forme de protection quelconque, c'est dans la mesure ou Martin le lâche moins souvent que Pleks en zone défensive, surtout en fin de match; voici les mises en jeu attribuées par Jacques Martin à forces égales au cours des 10 dernières minutes des matchs disputés en saison régulière:


Ça a le mérite d'être clair. Connaissant les aptitudes défensives de Gionta, je me demande si Martin ne devrait pas passer un peu de la charge de travail de Pleks vers Gomez. Avec toutes les blessures subies l'an dernier, qui sait, c'était peut-être le plan?

Deux notes techniques en terminant:
  • Le lecteur perspicace aura constaté que l'été, c'est le temps des expériences. Je zigonne pas mal avec les mises en forme de tableau croisé dynamique ces temps-ci. Je trouve les résultats parfaitement médiocres. C'est ça oubedon j'apprends R, alors...
  • Les données de dégagements refusés n'adonnent pas. C'est normal. Ceux-ci étaient dans le billet précédent identifiés à partir de la zone ou se tenait la mise en jeu suivante. Dans ce graphique-ci, les zones sont attribuées en fonction de l'événement précédant l'arrêt de jeu. C'est un choix que j'ai fait pour m'assurer de bien capter les arrêts de jeu imputables aux "tendances" de dompeur de Gomez.


Des mises au jeu et de ceux qui s'y présentent...

Je vais présenter les mises en jeu sous un jour légèrement habituel de celui que l'on trouve généralement dans les médias. Il est en effet commun de parler du pourcentage de réussite sur les mises en jeu; tel joueur est à 53%, tel autre à 45%. C'est, à mon humble avis, regrettable. Comme tant d'autres statistiques utilisées pour le hockey, ce qu'on embarque dans ce pourcentage le rend insignifiant. En gros, on y additionne les mises en jeu indépendamment de la situation numérique et on donne ainsi un large avantage au joueur qui se présente sur l'avantage numérique au détriment des autres. Or, il a été démontré (et je finirai bien par retrouver les chiffres) qu'à l'échelle de la ligue, les pourcentages de réussite sont d'environs 50% à forces égales, 46% en désavantage e 54% en supériorité numérique. Le spécialiste en défensive qui ne joue jamais sur le jeu de puissance, mais toujours sur la première vague de désavantage numérique va donc certainement se retrouver derrière le spécialiste des avantages numériques. Radek Bonk, Brian Smolinsky, Yannick Perrault sont autant de joueurs qui ont ainsi vu leurs performances au cercle de mise en jeu présentées sous des jours faussés.

Mais plus encore, on ne parle que rarement de la zone dans laquelle une mise en jeu s'est tenue. Or, comme je l'ai illustré plus tôt cet été, les différentiels de chances de marquer, de tirs au filet et de mises en jeu par zones vont main dans la main dans la main. La grande différence selon moi entre les chances et les tirs d'un côté et les mises de l'autre, c'est que l'entraîneur a partiellement son mot à dire dans celles-ci. Ce qu'on voit de la distribution par l'entraîneur des affectations aux mises en jeu nous donne donc une bonne idée du genre de tâches qui ont été généralement assignées aux joueurs en présence.

Les informations que je présente ici ont été tirées des journaux des événements de chaque match du Canadien en 2009-2010 (voici le lien vers celui du dernier match en saison régulière).

Au cours de la saison 2009-2010, un grand total de 3580 mises en jeu ont eu lieu à forces égales lors des matchs du Canadien. 1134 ont été tenues en zone défensive, 1414 en zone neutre et 1032 en zone adverse. Il faut souligner une dernière nuance: les dégagements refusés. Celles des mises en jeu qui sont tenues suite à un dégagement ne permettent pas à l'entraîneur de mettre ses hommes au bon endroit et nous permettent d'identifier les joueurs qui sont plus souvent que d'autres victimes. Inversement, les présences de joueurs sur dégagements refusés à l'adversaire nous indiquent ceux qui, toutes proportions gardées, savent exercer de la pression sur leurs adversaires.

Des 3580 mises en jeu à forces égales, 444 ont été tenues suite à un dégagement refusé; 239 en zone défensive, 205 en zone offensive. Voici la distribution des présences sur les 444 dégagements refusés lors des matchs du CH, pour les 10 joueurs étiquetés comme centres la saison dernière:





Plekanec est-il si poche? Maiiiiis non. Regardons ça en fonction du temps de glace:






Ok, ça ne s'améliore pas tant que ça. Les causes de ces ratios apparaissent plus clairement lorsqu'on regarde la somme des mises en jeu prises par chacun des joueurs de centre de l'équipe:

Les mises en jeu en zone défensive ne comprennent pas les dégagements refusés.

Quand Pierre Gauthier, répondant aux questions des journalistes au sujet de Plekanec, affirmait "Le coach l'aime", on voit un peu d'où ça venait. Avec un temps de glace identique, Plekanec a pris 68 mises en jeu de plus en zone défensive. %É signifie le % de l'équipe et %J la part dans les mises du joueur. Les 310 mises en jeu de Pleks représentent donc 34% celles tenues par l'équipe en zone défensive à forces égales et 29% des 1105 mises auxquelles Pleks a assisté. Gomez, par contre, en a près de 50 de plus en zone offensive. Métro, que j'ai passé une partie de la saison à trouver vieux et lent, s'est fait lourdement taxer à ce niveau et ce n'est qu'à l'arrivée de Moore que Martin l'a un peu lâché. Voyons maintenant jusqu'à quel point Martin a joué dans cette distribution:

A: attribuée par l'entraîneur
DR: Suite à un dégagement refusé
Cr: Crée au cours d'une présence; ne coïncide pas avec le début d'une présence du joueur
Outre les 239 tenues suite à un dégagement refusé, Martin a décidé d'envoyer de nouveaux joueurs dans 552 des 895 mises en jeu tenues en zone défensive. Ça n'est pas un détail! Plekanec, avec 58 mises en jeu de plus que Gomez, est encore ici largement devant les autres. Avant de m'étendre sur la question, voici le même tableau, sous forme de pourcentages:



Et tant qu'à y être, voici, la distribution des mises en jeu attribuées en zone défensive pour les principaux joueurs de centre de l'équipe, par mois:

Cliquez pour agrandir
Il est intéressant de voir comment Metropolit, au départ le 4e centre de l'équipe, a rapidement monté en grade sur ces assignations, suite à la disgrâce de Lapierre ainsi que la blessure de Gomez. Martin, à partir du mois de janvier, réalise à quel point le vieux Métro n'est pas de taille et ramène Gomez dans le haut de la liste. Ce qui me surprend ici: l'arrivée de Moore allège principalement la tâche de Gomez et, c'est une moindre surprise, fait littéralement disparaître métro de la carte. Mon graphique est un peu croche et, par conséquent, déforme les courbes de Lapierre et Pyatt.

Toutes ces données laissent voir à quel point Plekanec est important pour le Canadien. Entendons-nous: peut-être est-il mal avisé de s'appuyer ainsi sur un joueur de la trempe de Pleks, je ne saurais le dire. Mais le fait est que Martin et Gauthier, en plein contrôle de l'organisation, ont un homme de confiance, soit le numéro 14. Il sera intéressant de voir ce qu'on lui réserve comme assignations en 2010-2011.

Aussi, c'est maintenant un classique. Je construis un indicateur donnant un aperçu du travail de l'équipe sur le long de la saison et hop, l'apparition de Moore se présente comme un tournant. Comme quoi les statistiques ne servent pas qu'à contredire ce que les observateurs constatent de leurs yeux. Ces tableaux sont donc selon moi un bel exemple de ce que les stats peuvent souvent confirmer ce que les observateurs sont capables de voir de leurs propres yeux. Après tout, on parle tous de la même game, non?

Par ailleurs, je trouve simplement extraordinaire, vu le salaire que commandait et commandera Moore, que le CH ne l'ait pas ramené. Des 8 joueurs de centre ayant évolué derrière Gomez et Plekanec, il est clairement le seul à avoir été capable de faire le travail. Je ne sais pas si c'est Boyd ou Eller que Gauthier et Martin voient gros, mais j'admets que je suis plutôt emmerdé. Si ingrate soit la job, n'est pas 3e centre qui veut. Lang et Smolinsky avant lui étaient des vétérans habiles qui connaissaient le tabac. Métro, je le soupçonne à voir les chiffres de la dernière saison, n'était pas plus capable de remplacer Lang en 08-09 que Moore en 09-10. Çe me suggère que l'organisation a, disons, semé un doute dans mon esprit quant à sa capacité d'évaluer ce genre de joueur. J'ai sûrement tort.
Scott Gomez est une bête. Une drôle de bête, une bête qui a un des pires tirs du poignet parmi les réguliers de top-6 de la ligue, mais une bête quand même. Son impact sur les mises en jeu est intéressant à noter. En fait, je le trouve carrément stupéfiant; le gars est, ne serait-ce qu'à l'échelle de l'équipe, dans une catégorie à part. Ce texte étant déjà long pour un billet de blogue, ça sera le sujet du prochain.