dimanche 8 mai 2011

Encore Gomez

Je croyais bien que c'était l'année de Kostitsyn, sinon de Spacek. Mais non, finalement, c'est Gomez qui prend le rôle de galeux.

Si j'ai bien compris, l'unanimité est faite: le problème avec Gomez, c'est qu'il ne produit pas. Problème d'éthique de vie, problème de conditionnement physique, d'attitude, de vouloir, name it... Gomez est un problème parce qu'il ne produit pas suffisamment en attaque. On entend par là qu'il n'a fait que 38 points.

Je comprends le raisonnement et je le considère entièrement, parfaitement, totalement erroné. Pas pour dire que tout va bien. On a effectivement un problème avec Gomez. Mais...

Ce problème n'est pas son salaire résolument trop élevé par rapport à sa contribution. À qui donne-t-on le fric, sinon? Jussi fucking Jokinen? Brad Richards? S'il se rend sur le marché des joueurs autonomes le contrat qu'il va tirer sera encore plus une enclume que celui de Gomez. Le contrat de Gomez est lourd, mais il n'est pas un problème pour le CH, qui doit dépenser le fric de toute façon.

Le problème de Gomez n'est pas non plus sa contribution offensive. Pour faire simple, à mon sens, un joueur n'a pas de contrôle sur le nombre de points qu'il marque. Il saute sur la glace sur l'ordre du coach  avec les coéquipiers que le coach met là en même temps que lui et, de là, il se démène contre les gars de l'autre bord pour prendre la puck, l'amener le plus proche possible du filet adverse et de là, celui de son équipe qui s'adonne à être à côté de la puck à côté du but sacre un coup dedans.

Certains sont plus rapides, habiles, forts que d'autres et sont, conséquemment, plus souvent sur le bord du filet adverse à sacrer des coups dans la puck. Certains, au contraire, portent le gilet #55 et restent plantés devant leur filet dans l'espoir que la puck leur rebondisse dessus.

L'idée derrière tout ça, c'est qu'un joueur fait plus de points si, lorsqu'il est sur la glace, son équipe passe plus de temps à sacrer des coups sur la puck vers le filet adverse.

Conceptuellement, c'est simpliste? Je dis conceptuellement pour faire mon smatte, mais concrètement, c'est une conviction que je tire du fait que j'ai, au cours des deux dernières années, écouté 198 matchs du CH, qu'au cours de chacun de ces matchs j'ai consigné chaque occurrence d'un tir tenté vers le filet à partir d'une zone prédéfinie, données que je compile ensuite en séries que je rends disponible publiquement.

Les gens qui disent que la contribution offensive de Gomez est problématique regardent les mêmes matchs que moi, mais ils se basent sur une statistique (les points) qui selon moi ne représente pas directement la contribution offensive d'un joueur. C'est mon point principal: les points ne représentent pas adéquatement ce qui se passe sur la glace. Rien de novateur, entendons-nous, mais c'est pourquoi je persiste à compiler ces foutues chances.

Vue sous cet angle, la saison 2010-2011 de Gomez constitue un cas très intéressant.

Un détail en commençant: le CH a obtenu 1033 chances de marquer à forces égales en 2009-2010, convertissant 153 de ces chances en buts, un ratio de près de 15%. En 2010-2011, c'est 1145 chances que l'équipe a obtenues, en convertissant 13,6% en but, soit 156 buts.

Considérons, pour les deux dernières saisons, les performances du top-5 du CH à forces égales. Pour chaque joueur, commençons par le temps de glace, le nombre de chances obtenues par l'équipe lorsque le joueur était sur la glace, le nombre de buts marqués par l'équipe lorsque le joueur était sur la glace et le ratio de buts marqués par chance lorsque le joueur est sur la glace.


Quelques constats:

  • Tous subissent une baisse d'efficacité en conversion buts/chances. Gomez se fait mordre, mais Cammalleri aussi. Cammalleri et Plekanec semblent en fait avoir particulièrement bénéficié des faveurs de dame chance en 09-10.
  • Cammalleri, Plekanec et Kostitsyn ont tous trois amélioré considérablement leur bilan aux chances. L'équipe était meilleure et ces joueurs ont donc pu bénéficier plus couramment d'occasions offensives.
  • Gionta est une brute.
  • Gomez a connu, aux chance comme au temps de glace comme au ratio de chances par heure jouée, deux saisons identiques. Seul détail, l'effondrement du ratio de buts par chance obtenus par l'équipe lorsqu'il est sur la glace.
Un deuxième tableau. Considérons maintenant les points obtenus par chaque joueur à forces égales et les ratios points/chances et points/buts marqués par l'équipe.

  • AKost se maintient. Probablement un peu chanceux, en fait, mais les échantillons sont faibles.
  • 2009-2010 fut une excellente année pour Pleks; le club convertissait en fou lorsque le 14 était sur la glace et, en plus, celui-ci grattait un point 80% du temps. Forcément, ça redescend. Mais la quantité a comblé en partie le manque aux pourcentages.
  • Moins de glace, autant de chances, 9 buts de moins... Mauvaise année pour Cammalleri. Mais ces deux tableaux me rassurent en partie; il ne payera jamais son contrat, mais on peut attendre plus de lui l'an prochain.
  • L'effort offensif de Gionta m'impressionne. Sachant qu'il était incapable d'acheter un but en début d'année, c'est d'autant plus encourageant. Le capitaine vieillit bien, pour l'instant.
  • C'est simple: si Gomez se maintient aux pourcentages de l'an dernier, il colle 20 points de plus à forces égales. Tout ce fatras à son sujet n'a pas lieu s'il termine avec 58 points.
L'exercice est académique. La saison est jouée et l'alignement est appelé à changer pas mal l'an prochain, alors qui sait? Mais il est probablement raisonnable d'attendre une saison 60 points de la part de Gomez. Rien de ce que je vois ne m'indique qu'il a régressé offensivement depuis l'an dernier.

Alors, le problème avec Gomez? La défensive, hélas. Voici des graphiques montrant les chances obtenues par l'équipe avec Gomez ou Plekanec sur la glace à forces égales. Il s'agit de moyennes sur 10 matchs, avançant sur toute la saison.



Gomez ne semble simplement pas capable d'en donner moins qu'il n'en prend. Du moins pas régulièrement. Sachant que Plekanec est celui qui joue contre les meilleurs adversaires, le constat est d'autant plus embêtant. Le pic rouge semble coïncider avec une période en janvier ou, suite à la blessure de Cammalleri, Martin décide de séparer Gomez de Pacioretty et Gionta.

Si on est à demander des ajustements de la part de Gomez, c'est du jeu défensif qu'on doit parler. Le débit offensif est là; faut simplement que, accoté aux deuxièmes lignes adverses, le beau Scott s'arrange pour sortir gagnant.

3 commentaires:

Vanhouse a dit…

Je sais je vais me faire dire une fois de plus que je vais à l'encontre des chiffres et des tendance, mais c'est normal que le pourcentage diminue si tu réussis à avoir plus de chances. La logique derrière mon raisonnement:
plus tu en prends moins la qualité y sera. Oui je sais je lis (et comprends) bien ce que vous me dites sur les TVFs, et le classique il faut mettre la puck sur le net le plus souvent possible.
Personnellement, c'est que moi je crois plus en un équilibre. Exemple, pour maximiser tes pourcentages, ça te prends entre X et Y chances.... mais je n'ai pas le temps de faire un mémoire là-dessus (j'aimerais ben ça par contre).

Je respecte énormément ton opinions Olivier, mais une fois de de plus je ne peux pas me rabattre sur la chance. Pas pour 80 matchs.

Je crois par contre que Gomez à été très touché par le manque de stabilité de son trio. Est-ce que c'est vraiment une raison valable?

Je veux revenir sur un point que tu sembles avoir voulu éviter:
la qualité des chances.
J'ai fais l'exercice ici dans un commentaire il y a un mois environ.
Les TVFs / Chances, j'aime beaucoup ce ratio. Je crois qu'il peut être très représentatif de la qualité des tirs qu'un joueur crée.
(Sauf que je n'ai pas trouvé les totaux des TVFs pour une saison.)
J'aurais adoré que tu ajoutes une ligne avec les TVFs totaux dans tes tableaux.
Selon moi ce ratio parle tout seul.

Toujours de l'excellent boulot Olivier.

Olivier a dit…

Je pensais à cette discussion en sortant ces tableaux et c'était certainement dans l'espoir de relancer cette discussion. Je ne m'attends pas à convaincre tout le monde, mais je vais quand même m'obstiner un peu (pas laisser tout le fun à Mathieu, quand même :)).

Les TVF/Chances sont intéressants, je vais les mettre dans le prochain billet.

À défaut des TVF, je pense qu'un des trucs dignes de mention, c'est le nombre de chances à l'heure. Gomez a joué le même nombre de minutes, a été sur la glace pour le même nombre de chances, a obtenu la moitié des points.

Plekanec semble encaisser une baisse, mais il m'a semblé particulièrement chanceux l'an dernier. AKost semble avoir été bien traité par dame chance deux années en ligne. Cammalleri a été mordu, Gionta pas tant que ça.

Qu'il y ait une baisse d'efficacité sur la masse lorsqu'on privilégie le volume au détriment de la qualité, je dirais que ça se peut. Mais c'est le but des chances de marquer, distinguer le bon grain de l'ivraie. Au-delà de la (bien réelle) moins grande efficacité de Gomez par rapport à Pleks, Gomer a quand même été sur la glace pour 400 chances. Et il a toujours la puck!

Je pense que c'est une chose de dire "Gomez a été terriblement malchanceux au cours de la saison 2010-11" et que c'est en une autre de dire "Gomez a été malchanceux pendant 80 matchs". Tu regardes la moyenne tournante sur 10 matchs et on constate que sa grosse période, les 30 premiers matchs, est aussi celle ou il est le plus malchanceux. Même s'il a été plus chanceux (un autre bon truc pour le prochain tableau, ça) par après, le volume de chances baissait. Et j'en reviens à ce qui m'inquiète chez lui: il a vu ses points, il a tenté de compenser en se portant plus à l'attaque (avec des coéquipiers plus faibles, parfois) et tout s'est effondré. Et rendu en séries, Bergeron l'a matraqué.

Bon, c'est un peu "stream of consciousness" comme réponse. Juste un dernier détail, Vanhouse: ce que je constate, une des particularités des chances de marquer, c'est que quantité et qualité vont de pair (contrairement aux TVF, par exemple). Plus t'as de chances, plus t'es bon et par conséquent plus tes chances sont de bonne qualité.

Mais il y a quelque chose à gagner d'une comparaison chance/TVF, c'est certain.

Mathieu a dit…

Gomez est un cas intéressant sur la perception humaine. Parce qu'on juge un centre offensif sur la seule base de ses points, on assume qu'il est pourri de bord en bord et on l'accuse de toutes les tares. La plus comique c'est celle au sujet de ses "mauvaises pénalités"; il n'y a qu'à comparer son taux de pénalités prises pour lever les yeux au ciel...

Donc on lui invente des maux, et tout ça parce qu'il a 38 points. Et après ça on nous accuse d'être aveuglé par les stats. C'est quand même ironique.

Bien aimé ta prologue sur le galeux. J'aime bien le terme, aussi. Succint, expressif, démontre toute l'irrationalité de la chose. Je pense que je vais le reprendre, dans l'espoir d'en faire une expression consacrée.

Je ne suis pas certain d'être d'accord au sujet du jeu défensif de Gomez, mais il faut avouer qu'il a eu une bien vilaine séquence de ce côté vers la fin de la saison. J'me demande si, à un moment donné, il n'a pas tout simplement essayé de trop en faire pour essayer de ressusciter sa production offensive dont tout le monde parlait. On en a déjà parlé; il est capable d'assurer en défensive, ça semble être comme une "switch" chez lui, mais cette année il ne le faisait que quand ça chauffait vraiment. D'ailleurs, je me demande à quel point c'est commun ça -- un gars qui part la saison malchanceux et qui sur-compense ce qui fait qu'il ne s'en remet pas. La psychologie ce n'est pas juste pour les fans, quand même...

Je tenterais encore le coup de lui coller des assignations plus défensives. Ça n'aiderait peut-être pas ses stats, mais je pense que le beau Scott y ferait mieux, serait plus à même d'utiliser son talent spécial consistant à amener la rondelle du point A au point B (moins évident qu'il n'y paraît!) et libérerait 13-14 pour un jeu plus offensif.

Mais bon, ça c'est s'il ne se ramasse pas dans la ligue Américaine comme ce gros flanc mou le mériterait. ;)