mercredi 28 décembre 2011

L'impact de Gomez sur Plekanec

J'évoque souvent l'absence de Gomez pour expliquer les déboires du CH depuis quelque temps. Attardons-nous à la question un instant.

Soit un premier tableau, qui nous offre trois indicateurs du jeu à 5 contre 5: les chances de marquer, les tirs vers le filet et les mises en jeu prises en zone offensive et défensive. Chaque indicateur est ici décliné en deux colonnes. La colonne N indique le nombre d'événements survenus dans une situation donnée. La colonne % indique la part de ces événements ayant été favorables au CH (chances et tirs par le CH, mises en jeu en zone offensive).

Les lignes du tableau divisent ces indicateurs en deux temps. Premièrement, on sépare les événements selon qu'ils sont survenus lorsque le CH tirait de l'arrière, jouait avec le score égal ou encore jouait en ayant l'avance au score.

Une fois cette division effectuée, on re-divise le tout en trois groupes de matchs, soit:
  • Parmi les 22 premiers matchs, les matchs 1@22 disputés avec Gomez, un total de 13 parties.
  • Les matchs 1@22 disputés sans Gomez, un total de 9 parties
  • Les matchs 23@36 (excluant le match d'hier à Ottawa), soit tout les matchs disputés après le 23 novembre.
J'expliquerai un peu plus loin pourquoi j'ai divisé les choses ainsi. 



  • Lorsqu'il tire de l'arrière, le CH a de manière constante gardé le contrôle du jeu. En fait, c'est en l'absence de Gomez au cours des 22 premiers matchs que les meilleurs résultats sont atteints.
  • Avec le score égal, la descente est massive à chaque étape: ils ont dominé lorsque Gomez est dans l'alignement, se sont tenus à flot mais sans plus lors de sa première absence de 9 matchs et se sont complètement effondrés depuis le match en Caroline. Quand tes TVF/Chances/Mises en jeu traînent autour de 40%, c'est du matériel à premier choix de repêchage.
  • Avec l'avance, la baisse est aussi notable lorsque Gomez n'est pas dans l'alignement.

Reprenons les mêmes indicateurs, mais au lieu de diviser en fonction du score, regardons comment chaque joueur de centre a fait lorsque Gomez était ou non dans l'alignement.


  • Plekanec a très bien tenu le coup lors de la première absence de Gomez, mais s'est complètement effondré depuis. Complètement comme dans implosé. Partir 34% du temps en zone offensive contre les meilleurs joueurs adverses, ça use. La baisse massive de mises en zone offensive attribuées à Pleks se conjugue aussi, je crois, à la perte de Gionta qui, s'il ne connaissait pas une grande saison offensivement parlant, reste un très bon ailier défensif. En fait, la baisse est moins importante lors de la première absence de Gomez que lors de la seconde.
  • Desharnais a bénéficié de la perte de Gomez. La chose s'explique selon moi par le fait que la perte de Gomez a amené Martin à tomber sur la combinaison DD/MaxPac/Cole qui, admettons-le, a fait long feu. C'était une stratégie plutôt coûteuse pour le reste de l'alignement, mais Cole et Pacioretty ont permis à Desharnais de prendre ses marques au centre. Le Desharnais du début de saison aurait, lancé comme hier au combat avec Cammalleri et Leblanc, cassé sec.
  • Les pourcentages de Gomez sont proprement massifs, mais on constate qu'il recueillait une quantité industrielle de mises en zone offensive. Je reviens là-dessus un peu plus loin.
  • Eller en est un autre qui a bénéficié de l'absence de Gomez; ça lui a permis de jouer à sa position naturelle et de prendre des responsabilités de plus en plus grandes. Encore ici, je pense qu'on est en phase d'en récolter les fruits avec la récente association à Cole et Pacioretty.
  • Nokia est un cas extrêmement intéressant. Avec Gomez, on ne le voit que peu, il n'a pas un travail trop exigeant aux départs territoriaux et s'en tire fort bien. La première absence de Gomez donne à Martin l'occasion de tester le finlandais comme spécialiste défensif. Les résultats sont catastrophiques et Eller coule à pic: pour 36% de départs offensifs, il donne 29% aux TVF et 19% aux chances. Martin ne répètera pas l'erreur lorsque Gomez s'absente de nouveau et laisse Nokia avec ses assignations habituelles. C'est Plekanec qui ramasse le tas de marde, avec les conséquences que l'on sait. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai choisi de garder séparées les deux séries de matchs manqués par Gomez; Martin a eu des façons franchement différentes de jouer ses cartes. J'ajouterais aussi que la situation, dans la deuxième séquence, était manifestement temporaire, Eller prenant de plus en plus de responsabilités défensives à partir du mois de décembre. Jusqu'à ce que Gionta se blesse et que tout soit à recommencer.
  • J'ai mis Engqvist et les autres pour faire pittoresque.

En fait, c'est la charge de travail de Plekanec qui m'intéresse vraiment. Voici les chiffres pour Pleks selon le score et les groupes de match.


Le job de Pleks semble vraiment changer selon les situations:
  • Avec Gomez, Plekanec prenait quand même pas mal de mises en zone offensive, si tant est qu'il n'y avait pas d'avance à protéger.
  • Lors de la première absence de Gomez, ce n'est que lorsque le score est égal que Martin enfonce Pleks aux mises en jeu, Nokia ayant alors la tâche de prendre des baffes avec l'avance. Plekanec passe un peu au rouge, ce qui est somme toute compréhensible.
  • Lors de la deuxième absence de Gomez, c'est la totale et Plekanec coule à pic. Pour me répéter, je pense qu'on a ici droit à une confluence d'effets: perte de Gomez, mais aussi perte éventuelle de Gionta. Cette dernière a un double effet pervers, en privant d'une part Plekanec de son meilleur appui défensif et, d'autre part, en privant Martin de son trio de leveurs de fonte secondaire à partir du moment ou Akost monte chez Plekanec et Leblanc prend son appart' sur le 3e trio.
Ça fait beaucoup de détails à compulser pour, au bout du compte, conclure que c'est poche d'avoir autant de blessés, mais ça nous donne une perspective plus claire sur ce que Cunneyworth est en train de faire.
  • Le gros morceau, c'est bien sûr la fin du trio Desharnais-Cole-Pacioretty. Eller+72+67 donne à nouveau un vrai deuxième groupe de leveurs de fonte pour appuyer Plekanec.
  • Cammalleri sort enfin des minutes dures. Ça n'est pas qu'il y faisait si mal; comme je l'ai souligné il y a peu, Cammalleri reste le meilleur preneur de chances du club après Cole. On a vu comment, hier, il s'est fait plaisir loin des Spezza et Michalek de ce monde. D'avoir Desharnais à ses côtés ne nuit certainement pas.
  • Faudra voir ce qui advient de Pleks. La série de 6 matchs à l'étranger fait qu'on ne pourra probablement pas avoir une idée claire de ce que Cunneyworth est en train de faire avant la pause du match des étoiles, mais on peut espérer qu'il y ait dans les remaniements le début d'une solution au surtaxage du #14.
C'était absurde sur le coup de bencher Eller et Subban d'un seul coup, mais une fois la poussière retombée, le pattern est plutôt dur à manquer. Je revisitais mes billets du temps des fêtes l'an dernier et, oh... Kostitsyn sur la galerie de la presse pour un match le 22 décembre, puis Subban parti pour 3 matchs. Aussi, Martin commençait à mettre Subban et Gill comme deuxième duo à la sauvette, quelques jours avant le départ de Gorges pour la grande opération. Comme quoi, des fois... Disons que Cunneyworth aurait pu les envoyer au coin un à la fois, mais sinon ça ressemble diablement aux recettes du vieux Jacques.

Reste la défensive. De toute évidence, le club est déterminé à d'Emelin un défenseur droitier. Je ne peux que supposer que c'est en prévision du retour de Markov. Mais c'est là une orientation prise sous Martin et  Cunneyworth, encore ici, s'en tient au plan établi.

5 commentaires:

Mathieu a dit…

Intéressant. La seule chose que ça n'explique pas c'est le temps de glace de Blunden et cie lors des premiers matches, ou alors la distribution bien étrange de mises en jeu, mais il semblerait que Cunneyworth pratique (ou on lui a soufflé de pratiquer) le même genre de chose que Martin depuis une couple de matches.

Pas convaincu que cela explique le benchage de Subban et Eller, surtout juste avant de donner à ce dernier des minutes dures, mais quand même. Me semble que ce n'est pas le moment de sacrifier des points au classement pour passer des messages, mais il faut admettre que j'ai déjà pesté contre Martin parce qu'il faisait exactement ça...

Quant à Gomez, cibole qu'il manque au club. C'est vraiment son absence qui a tout déraillé et juste pour l'insulte, c'est la première blessure majeure de sa carrière. Soupir.

Question maintenant. Si Gomez revient, genre, dans cinq matches, quelles sont les chances que le Canadien parvienne à faire une charge et à se qualifier pour le printemps?

Olivier a dit…

Sur Blunden et cie: M'est avis que c'était la saison des messages et que, rendus à 5 défaites en ligne et 6+ points des séries au match 36, ben...

Sur la charge vers les séries: Pas besoin de Gomez en particulier. Juste un de Markov/Gionta/Gomez et on roule. Même le présent setup me semble plus prometteurs (j'inverserais Cole et AKost, mais bon).

Reste qu'on vit d'espoir et d'eau fraîche. Si Pleks reste à plat et qu'Emelin ne tourne pas le croche comme défenseur droit, il sera plutôt tard quand les Killer G's vont revenir (pense pas que ça soit ben ben avant deux semaines).

Mais bon, toutes les équipes ont des torchées de blessés alors on doit espérer. Toutes sauf les estie de Bruins, bien entendu. Les nouveaux graphiques de PDO/Shot rates de Desjardins sont tout simplement offensants.

Mathieu a dit…

Ah, les Bruins... tout le monde, des journaleux de bas étage jusqu'à Derek Zona de Copper and Blue ("who should know better", comme ils disent) les ont bombardés club invincible de l'année. Ils sont bon, mais... PDO 1044. Juste ça.

Ça en devient chiant, à la fin, que ce soit toujours eux qui soient l'équipe la plus chanceuse de la ligue; mais c'est la preuve que les Dieux du Hockey s'en foutent.

J'aimerais juste que le Canadien se glisse en séries à la dernière minute et les plante en première ronde. Le pire c'est que ce scénario n'est pas exactement impossible.

Olivier a dit…

Les choses ne tournent toujours pas rond, mais on voit quand même des progrès.

- Desharnais semble une solution légitime comme centre d'exploitation; je n'y aurais pas cru en début de saison, je croyais bien qu'il ne pourrait percer durablement qu'à l'aile.
- Eller continue à progresser. J'insiste, son benchage ressemble énormément à celui de Subban l'an dernier: un petit coup de fouet et on saute pour de bon dans les minutes dures.

Imagine:

Moen-Pleks-Cole
Pacioretty-Eller-AKost
Cammalleri-Gomez-Gionta
Darche-Desharnais-Leblanc

Gorges-Subban
Markov-Emelin
Gill-Diaz

S'agit de se rendre.

Simon Lamarche a dit…

Cole, avec sa vitesse et sa manière d'attaquer le filet, me donne l'impression qu'en plus d'être fort défensivement, est tout aussi dangereux offensivement s'il part de sa zone. À l'oeil, ses attaques "on the rush" sont impressionantes!

C'est certain que lorsqu'il a le temps de se planter devant le filet adverse, c'est beau à voir aussi...

Tout ça pour dire que de le mettre avec Plekanec n'est pas fou, mais que s'il était avec Gomez et qu'ils étaient appuyés de défenseurs efficaces, je ne serais vraiment pas nerveux de les voir partir dans leur zone contre des premiers trios! Si la force de Gomez est le jeu de transition et qu'il avait quelqu'un pour compléter avec lui...