Je ne suis toujours pas exactement certain de ce qu'est Deadspin, mais ils viennent (je suis tombé là-dessus via le fil Twitter d'Arpon Basu), mais ils se sont permis un petit commentaire sur la "saga" du colisée.
Disons simplement que le ton change passablement lorsque:
a) l'observateur travaille pour un site satirique
b) le site satirique est intégralement étranger à la sphère politico-médiatique québécoise.
Pour ce qui est de l'histoire du colisée, je dirais simplement ceci. Les années précédant le départ des Expos m'ont amené à fréquenter un site, Field of Schemes, qui traite d'histoires de ce genre à temps plein depuis un bon 10 ans. Le gars de Deadspin se permet d'ailleurs de référer au site en question.
La fréquentation de ce site, combinée à un suivi attentif (pour ne pas dire maladif) de deux équipes éventuellement exilées sous d'autres cieux, tout ça a largement influencé ma compréhension de ce genre de situations. Pour les histoires de Nordiques et de colisée, ça se résume ainsi:
- De manière générale, les organisations de sports professionnels se font payer des stades sur le bras par des politiciens aux abois, convaincus que leur survie politique dépend de ce genre de patente là. Charest en pleine commission Bastarache et Labeaume qui fait, au cours de la campagne 2008, d'un nouveau Colisée et du retour des Nordiques la pierre angulaire de son règne, fittent parfaitement dans le portrait. Juste de même, ces politiciens se font généralement sacrer dehors pas longtemps après.
- De manière générale, une ligue de sports professionnels va aller là où il y de l'argent et, de préférence, la perspective d'une quantité encore plus grande d'argent à court terme. Phoenix, au coeur de la Sun Belt, correspondait à ce genre de marché. Aujourd'hui, avec un dollar canadien dopé par les matières premières, la LNH regarde au Nord, plus précisément là où la croissance économique se fait la plus vive (dans l'Ouest). Québec a une économie pimpante, mais peu de sièges sociaux et une population vieillissante. Je dis ça de même.
Bref, toute l'histoire du nouveau Colisée de Québec est terriblement familière à quiconque suit ce genre de saga depuis quelques années.
Mais ce qui me tarabuste dans tout ça, c'est un truc que bien des observateurs semblent tenir pour acquis.
De l'utilité des conglomérats
- Une bibitte comme Quebecor existe pour générer un maximum de dividende aux actionnaires. Comment? En maximisant l'efficacité des mandibules qui constituent la bibitte en question.
- Mettons qu'une des mandibules de la bibitte soit chargée de gérer un aréna que lui paye une ville. Si la mandibule fait des pertes, on splitte les pertes entre la ville et la mandibule. Si on fait des profits, on splitte les profits entre la ville et la mandibule.
Soit 3 scénarios:
- Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la Compagnie de Gestion du Colisée (CGC), qui charge 3 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 3 millions, la CGC arrive flush.
- Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la CGC, qui charge 4 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 2 millions, la CGC un profit de 1 million, 500k vont à la ville, 500k à Quebecor.
- Céline fait un show au Colisée, le show coûte 3 millions à la CGC, qui charge 2 millions à Vidéotron. Vidéotron fait 8 millions de ventes sur ce show en vidéo sur demande et ça coûte 2 millions en frais divers pour assurer la livraison du show. Vidéotron fait un profit de 4 millions, la CGC une perte de 1 million, 500k épongés par la ville, 500k par Vidéotron.
Ce que j'ignore du deal actuellement en place, c'est s'il y a quoi que ce soit qui empêche Quebecor de faire systématiquement, méthodiquement appel au scénario 3. Et entendons-nous: si tant est que le Colisée fasse affaire avec des compagnies extérieures à Quebecor et s'assure de faire un profit dans chacune de ces transactions, chaque cenne de profit faite là peut servir à réduire d'autant le prix chargé aux compagnies de Quebecor sans pour autant faire descendre les pertes à un niveau inacceptable. Je répète ma question: qu'est-ce qui empêche Quebecor de se graisser en finançant une partie de ses opérations sur le budget de la ville de Québec?
Je suppose que si tant est que Bettman est intéressé à envoyer une équipe à Québec, il est parfaitement conscient du fait que Quebecor peut faire tout son profit en:
- Remplissant son Colisée, le taux d'occupation garantissant ainsi l'éligibilité au partage de revenus
- En s'assurant de diriger les profits vers ses autres filiales (en cédant les droits de diffusion à LCS pour un prix minimal) et
- excellentes foules et faibles revenus obligent, recevoir du partage de revenus de la ligue parce que l'équipe "fait des pertes".
Je ne suis pas exactement un kingpin de la finance, mais j'avoue que je me pose bien des questions par rapport à toute cette histoire.