mercredi 31 août 2011

Erik le rouge

Septembre est au coin de la rue et je n'ai toujours pas pipé mot sur Erik Cole. Dont acte.

On sait, gracieuseté de l'essentiel behindthenet.ca, que Cole a eu Eric Staal comme principal coéquipier, suivi de Pitkanen et Corvo (deux défenseurs). En reprenant l'indice de difficulté des adversaires que j'ai développé cet été, voici l'évolution des assignations de Cole, Staal et du reste des Hurricanes à forces égales au fil de la saison 2010-11.


Le graphique montre une moyenne sur 10 matchs pour lisser les courbes. Pour cause de merdouille sur le site de la LNH, j'ai 81 matchs sur 82. Quelques petites notes:

  • Cole et Staal étaient les principaux leveurs de fonte des Hurricanes. On le savait et on le voit encore plus clairement ici. Absent Cole et Staal, le niveau de compétition diminue dramatiquement.
  • Staal seul semble avoir un niveau de compétition légèrement inférieur à celui de Cole, mais je crois que c'est dû au temps de glace, Staal ayant joué près de 100 minutes de plus que Cole.
Que s'est-il passé selon que les Hurricanes envoyaient Cole, Staal, Cole et Staal ou encore aucun de ces deux joueurs?

  • Non, je ne suis pas daltonien. Si quelqu'un a une meilleure idée pour ce qui est du graphisme, je suis tout ouie.
  • Deux grandes catégories dans ce tableau: TVF = Tirs vers le filet (somme des tirs aux but, tirs bloqués, tirs manqués et buts marqués). MenJ = Somme des mises en jeu en zone adverse et en zone défensive auxquelles le joueur a assisté. 
  • 4 lignes pour chaque catégorie.
    • N : Nombre total d'événements survenus à 5 contre 5 lorsque le joueur est sur la glace.
    • +/- : Pourcentage des événements survenus en faveur de l'équipe du joueur; tirs pour, mises en zone offensive.
    • ADV : Qualité des adversaires sur la glace; j'ai expliqué comment je mesure la chose ici.
    • Coé : Qualité des coéquipiers sur la glace, mesurée de la même façon.
Quelques constats en bloc...
  • Cole et Staal ensemble font mieux que les Hurricanes sans ces deux joueurs, et ce malgré la différence de qualité des adversaires affrontés. Le fond d'alignement des 'Canes était pourri rare, on dirait.
  • Cole seul débarque de quelques crans au temps de possession, passant à 46% de TVF alors que Staal prend presque 10%, montant à 57%. Comme les deux joueurs, séparés l'un de l'autre, affrontaient sensiblement la même qualité d'adversaires, on doit donc admettre que Staal menait la barque. Rien là pour nous surprendre. La chute de Cole devient moins dramatique lorsqu'on regarde la qualité de ses coéquipiers. Sans Staal, l'indice de qualité des coéquipiers de Cole chute de 0,28 point, alors que Staal enregistre une chute de 0,09 point. Pour dire ça en français: Cole et Staal réunis jouaient avec les meilleurs, contre les meilleurs adversaires. Séparés, Cole et Staal affrontaient des adversaires de second ordre, mais Staal le faisait en compagnie de ce qui restait de bons joueurs des Hurricanes, alors que Cole se retrouvait avec du joueur de 3e trio.
  • Ni Cole ni Staal n'ont, ensemble ou séparés, ramassé une quantité remarquable de mises en zone défensive. Ça aide à rester à flots.

lundi 22 août 2011

Qui contre qui et pourquoi?


Pierre Gauthier n'aura pas été trop remuant cet été. Pas pour rien; le haut de l'alignement est peuplé de joueurs dans la force de l'âge jouant sur des contrats à long terme, le fond de l'alignement est un mélange de vétérans en fin de contrat et de jeunes ayant gradué l'an dernier et, parce que plein de jeunes sont passés à la LNH l'an dernier, ben y reste plus grand monde à Hamilton pour voler une job à quelqu'un.

Un été peinard, donc. Sauf pour ceux qui doivent continuer à écrire sur le CH. Dissicile...

Plus tôt dans l'été, j'ai publié un billet expliquant comment j'avais concocté un indice de qualité des adversaires affrontés à partir de ce que publie le site behindthenet.ca... Ceux qui ne l'ont pas lu pourront le lire ici : Qualcomp, un bel outil.

Pour faire court, cet indice prend la qualité des adversaires affrontés par chaque joueur et, pour chaque événement consigné dans les feuilles de matchs de la LNH, fait la moyenne des indices en question pour chaque équipe. Lors de la première mise en jeu de la saison, les 5 joueurs mis sur la glace par les Leafs (Phaneuf, Beauchemin, Armstrong, Sjostrom et Tim Brent) avaient un indice de 1.15 et les 5 du CH (Gorges, Gill, Gionta, Gomez et Pouliot) avaient un indice de 0.92.

Sans trop rentrer dans les détails de l'indice, disons qu'il surestime probablement les joueurs employés dans des minutes "dures", c'est-à-dire ceux que le coach envoie systématiquement dans des missions défensives.

Ainsi, chez les Capitals de Washington, Ovehckin a un indice de difficulté de 1.6 alors que Brooks Laich en a un de 3.1 ; chez le Lightning, Adam Hall en a un de 3.08, Nate Thomson de 3.10, alors de Saint-Louis est a 2.0, Stamkos à 1.9, Lecavalier à 1.4. À Boston, Chara et Bergeron arrivent en tête de liste, à 2.5...

En gros, mon indice de difficulté donne comme plus redoutables ceux des joueurs que leurs coaches envoient systématiquement contre les meilleurs éléments adverses. Mon indice de difficulté n'en est donc pas tout à fait un, mais il nous permet quand même de voir ce que les coaches cherchent à faire.

Parce que les St-Louis et Ovechkin de ce monde jouent énormément et que les coaches adverses cherchent systématiquement à les contrer, ces joueurs ont des minutes "dures". Mais Boudrault et Boucher usent aussi systématiquement d'un trio défensif (ceux de Laich et Hall) pour "occuper" les meilleurs éléments adverses. En procédant ainsi, ils augmentent les chances que leurs attaquants d'élite mettent la patte sur un fond d'alignement, ce qui contribue à maximiser le rendement de leurs joueurs dangereux en leur donnant de la glace contre les adversaires plus faibles.

Parfois, donc, les joueurs de minutes "ultra-dures" identifiés par mon indice sont les compagnons de route de joueurs d'élite que l'on cherche à faire produire.

Mais ça n'est pas toujours le cas. En fait, la plupart du temps les meilleurs sont appelés à affronter les meilleurs; c'est le cas pour Patrice Bergeron, Datsyuk et Zetterberg, Staal ou encore Plekanec. Ces joueurs ont à protéger leurs fonds d'alignement et, autant que possible, surclasser leurs adversaires. Rares sont ceux qui, chargés de cette mission, passent la rampe de 70 points.

Jacques Martin, donc, utilise ses meilleurs éléments pour protéger son fond d'alignement. La chose s'exprime de manière particulièrement claire lorsque l'on s'attarde aux mises en jeu. En situation défensive, Martin use en fait de "trios" particuliers: certains joueurs de centre et certains duos de défenseurs se retrouvent systématiquement dans les situations difficiles.

Le tableau suivant donne le nombre de mises en jeu en zone défensive prises par différents duos de défenseurs, en fonction du joueur de centre présent. On retrouve, pour chaque "Trio" (2 défenseurs + 1 centre), deux éléments, soit le nombre de mises en jeu (N) et la moyenne de l'indice de difficulté des 5 joueurs adverses présents (Dif.).



  • Sur la dernière ligne du tableau, d'abord. La différence entre Plekanec (coefficient de 1.29 sur 304 mises en jeu), Gomez (1,02 sur 254 mises) et les autres centres du CH (0,29 sur 451 mises) crève les yeux. Plekanec a le gros des responsabilités, mais une fois Gomez passé, il ne reste plus beaucoup de "leveurs de fonte" à affronter. C'est ce qu'on appelles protéger son fond d'alignement.
  • Regardez le niveau de difficulté des mises en zone défensive des "autres" centres. Les deux plus hauts scores sont obtenus avec Spacek / Hamrlik (0,79) et Gorges/Gill (0,78). Ces deux duos de défenseurs ont disparu de la carte après les fêtes et leurs scores défensifs coïncident avec la période de la saison pendant laquelle Desharnais n'était pas encore arrivé, Eller était encore vert et Halpern agissait comme 3e centre défensif.
  • De manière générale, on voit que Hamrlik laisse un gros trou derrière lui. Sur le strict plan des aptitudes, je n'en doute pas un instant: Markov lui est supérieur. Mais si le Général passe encore au hachoir... L'explosion de Subban l'an dernier a masqué ce fait, mais absent le vieux Hamr, l'équipe est plutôt sans filet. Ça me fait dire qu'on mise gros sur Yemelin. Si Markov tombe, c'est Gill/Gorges, Subban/Yemelin et on espère que les Islanders aient envie de domper Streit. Genre.
  • Angoisser sur les blessures de Markov en plein mois d'août, c'est un peu too much, alors parlons de Subban. La ligne Subban/Picard nous montre comment il était protégé en début de saison: peu de mises en zone défensive contre des éléments dangereux, mais beaucoup contre les pochetrons. C'est ce genre de passes passes qui, selon moi, sont la force de Jacques Martin: si Subban et Picard étaient mis sur la glace, c'est dans une situation qui leur permettait de contribuer positivement. Une fois les blessures arrivées et la graduation de Subban confirmées, Martin a répété le même manège avec Weber. Mara et Sopel ont aussi été tenus loin des eaux profondes.
  • Parce que la 3e paire de défenseurs et les deux derniers trios sont composés d'éléments fragiles mais capables de contribuer dans un environnement contrôlé, on constate que les deux premiers duos de défenseurs ont des assignations relativement proches l'une de l'autre, idem pour les deux centres. On peut mettre énormément d'emphase sur les différences entre Gomez et Plekanec ou encore entre Gill/Subban et Wisniewski/Hamrlik (elles sont réelles et significatives), mais le fait est que, dans l'équipe telle qu'elle est présentement constituée, *la* grosse marche, c'est passer dans le top-4 en défensive ou dans le top-6 à l'attaque. Tout est là.