samedi 3 mars 2012

Jacques et Randy

Cunneyworth a maintenant dirigé l'équipe pendant 32 matches, soit le même nombre que Jacques Martin. Avant de comparer les deux entraîneurs, un bref rappel des performances de l'équipe au cours des deux dernières saisons s'impose.

  • Les lignes en bleu représentent les totaux à forces égales
  • Les lignes en rouge, les totaux en désavantage numérique
  • Les lignes en vert, les totaux en avantage numérique
  • Sont exclues des calculs les situations sans gardiens de but, donc tout les 6 contre 5 et autres 4 contre 6. Est aussi exclu le chiffre le plus cool des 3 dernières années, soit la fin de match contre Washington quelque part en 2009-10, alors que les arbitres n'ont pas remarqué que le CH avait 7 joueurs sur la patinoire.
  • Sont présentés les indicateurs suivants:
    • Chances pour et contre l'équipe pour chaque tranche de 60 minutes
    • À forces égales le ratio de chances+ sur chances-
    • Buts+% et Buts-% représentent le pourcentage de réussite de buts sur chances de marquer.
    • Temps% représente la part de temps passé en avantage/désavantage numérique

La saison 2009-10 en était une de reconstruction. Après avoir rebâti le haut de l'alignement pendant l'été, une bonne partie de la première moitié de la saison régulière a été consacrée à la sélection des différents éléments les plus susceptibles d'appuyer une poussée vers les séries éliminatoires.

La saison 2010-11 a elle aussi comporté un long travail de développement. De nombreux jeunes se sont greffés à l'équipe comme joueur de soutien et la distribution des tâches établie par Martin reposait largement sur le développement de ces jeunes.

D'une saison à l'autre, on a pu constater une nette progression de l'équipe sur certains plans:

  • À forces égales, le club est devenu beaucoup plus compétitif, notamment lorsqu'il tirait de l'arrière. Je crois d'ailleurs que c'est une des raisons pour lesquelles on assiste à un renversement du temps passé à tirer de l'arrière ou avec une avance. Lorsque déclassé au score, le club de 2010 était plus à même de pousser le jeu et revenir sur son adversaire.
  • J'ai souvent déploré la malchance du club de 2010-11 aux taux de conversion à forces égales. Les chiffres ici présents donnent un éclairage sensiblement différent: si le pourcentage de réussite sur chances de marquer a été relativement bas, le taux d'arrêts, lui, à failli compenser. La perte de Halak, au total, ne s'est donc pas trop fait sentir.
  • Du point de vue des ratios/horaire, tant l'avantage que le désavantage numérique sont demeurés relativement stables. Mais l'équipe de 2010 était beaucoup, beaucoup plus indisciplinée, passant une heure de plus au cachot.
  • Dans les deux cas, un chiffre m'a surpris: le taux de conversion de chances sur l'avantage numérique: à plus de 20% pour deux saisons en ligne, ça me semble haut en ta. Le CH, en près de 1000 minutes en avantage numérique, a affiché un taux de conversion d'au moins 5% supérieur à celui de ses adversaires. L'effet Price? Je ne saurais trop dire, mais j'ai quand même quelques doutes. Mais bon, si la tendance se maintient...
Jacques et Randy

J'ai redivisé la présente saison en segments, selon l'identité du coach et la présence ou non de Gomez. Les longues absences de Super-Galeux™ ont coïncidé avec de nombreuses autres blessures au reste de l'alignement et permettent ainsi de voir comment l'équipe à composé avec l'adversité.



Jacques Martin 1@22
  • À forces égales, l'équipe domine aux chances de marquer. Les taux de réussite restent anémiques, mais globalement, les taux d'arrêts compensent et l'équipe se tient à flots aux pourcentages. Pourtant, on constate que malgré des indicateurs encourageants, l'équipe n'a que rarement l'avance.
  • En désavantage numérique, tout baigne. Après s'être maintenu autour de 37 chances accordées à l'heure pendant deux saisons, le club n'en donne maintenant que 30. Le taux d'arrêts suit la tendance des dernières saisons. Autre fait à noter: l'équilibre entre avantages et désavantages numériques semble se rétablir. Au cours des deux dernières saisons, l'équipe passait environ 50 secondes en avantage numérique pour chaque minute passée en désavantage. Pendant cette séquence de 22 matchs, le ratio est maintenant de 95%, soit 57 secondes par minute.
  • L'avantage numérique continue à générer des chances au même rythme que les précédentes saisons. Un reproche souvent fait au jeu de puissance était sa propension à accorder beaucoup de buts à l'adversaire. En fait, après avoir donné 7 et 5 chances à l'heure, le jeu de puissance en donne maintenant 8. Ça n'est pas là une grande faillite. Le gros problème, c'est évidemment l'effondrement du taux de conversion. Après avoir converti à 21% et + pendant deux ans, le jeu de puissance est collé à 13%. Sur 140 minutes passées en avantage numérique, c'est 7 buts de moins.
Jacques Martin 23@32
  • Effondrement complet de l'équipe à forces égales. Le phénomène est particulièrement prononcé lorsque le score est égal: le CH y obtient 39% des chances et des TVF, ce qui est parfaitement minable. La chose est d'autant plus frappante que le club se redresse franchement lorsque le score n'est plus égal. Les pourcentages, eux, sont vraiment curieux: effroyables lorsque le club a les devants (8% de déficit entre les taux de conversion pour et contre), ils sont massivement à l'avantage du CH lorsque le score est égal (un surplus de 6%) et proprement intenable lorsque le club tire de l'arrière. Avec près de 18% de surplus (!!!), on comprend pourquoi le club n'a que rarement tiré de l'arrière au cours de cette séquence. Mais voilà, la chose reste inquiétante: le club est totalement écrasé. Qu'est-ce qui explique cette implosion? Les blessures, certainement. Certains choix dans la gestion de personnel, probablement. On y reviendra avec un examen détaillé de l'utilisation des joueurs, mais, pour l'heure, on doit répéter ce constat: au moment de perdre son job, le club de Martin avait régressé sur un point qui jusqu'alors en était un d'amélioration continue sur deux ans.
  • En désavantage numérique, l'équipe connaît aussi une mauvaise séquence du point de vue des seuls taux horaires. Mais voilà: Price arrête tout (seulement 9% des chances de l'adversaire sont converties). Qui plus est, la discipline est désormais un atout du club: pour chaque minute passée en désavantage, le club en passe 1:17 en avantage numérique.
  • En avantage numérique, la progression est faible, mais nette: plus de 42 chances générées par tranche de 60 minutes. Si le club continue à accorder pas mal de chances à l'adversaire, le taux d'arrêts est maintenant totalement à leur avantage, Price et Budaj n'accordant qu'un but aux 10 chances. Malheureusement, le taux de conversion du jeu de puissance est rendu à un niveau parfaitement pathétique: 7,3%. Sur cette seule séquence, par rapport à un taux de conversion de 21%, c'est encore 7 buts laissés sur la table. Sans aller jusqu'à dire que la malchance a coûté 14 buts à Jacques Martin (le désavantage compense certainement), elle a certainement joué.
Randy Cunneyworth 33@43
  • À forces égales, l'équipe va essentiellement stagner quant à sa capacité à prendre l'avantage aux chances. Le grand changement, c'est la malchance. Randy s'est fait effroyablement pincer, notamment lorsque le score est égal ou encore lorsque l'équipe tire de l'arrière. Résultat? L'équipe s'enfonce définitivement, jouant 47% du temps en tirant de l'arrière. J'ai beaucoup râlé contre Randy depuis son arrivée, mais force m'est d'admettre qu'au-delà de sa gestion de banc ésotérique, d'une conception (me semble-t-il) parfaitement idiote des schèmes de punition/récompense, le gars s'est fait fourrer par les dés. Je suppose qu'en quelque part, c'est une bonne chose que Gauthier, sacrant dehors un très bon coach parce qu'il n'est pas capable de distinguer un résultat d'une tendance, voit son nouveau coach désintégré par une malchance cosmique, mais en même temps j'aurais préféré qu'on fasse les séries.
  • Le désavantage numérique est un authentique bon coup de Cunneyworth: il y a restreint le personnel employé, constitué le duo Darche/Plekanec et le résultat est splendides. Une relative malchance aux taux d'arrêts (20% des chances converties en buts) n'y change rien, le désavantage a monté une grosse marche depuis l'arrivée de Cunneyworth. La combinaison d'un maigre 24 chances accordées à l'heure et d'une production de 9 chances en désavantage fait de cet aspect du jeu un moment ou le club n'est pas simplement bon, il y domine. On est aujourd'hui habitué à voir le CH générer des buts sur le désavantage numérique et on doit reconnaître que cet état de fait s'installe sous Cunneyworth. Quand même, est-ce le fait d'une approche plus agressive à forces égales, je ne saurais le dire, mais l'équipe a replongé dans une relative indiscipline, retombant à 54 secondes  en avantage numérique pour chaque minute de désavantage.
  • Après les fleurs, le pot. J'en ai discuté d'abondance ailleurs, Cunneyworth a complètement démoli le jeu de puissance. C'est plus de 12 chances de marquer à l'heure qui ont été perdues sur cet aspect des unités spéciales. Cet effondrement, véritable tendance lourde sous le règne de Randy, est vaguement masqué par un rebond prodigieux du taux de réussite, une chance sur 4 ayant été convertie en but au cours de cette période.
Randy Cunneyworth 44@64
  • Le retour des blessés aide l'équipe à rebondir un peu à forces égales, mais sans jamais revenir aux taux obtenus par Jacques Martin au cours des 20 premiers matchs de la saison. La malchance a passé et le club ne passe désormais plus autant de temps à tirer de l'arrière. Mais le point critique du jeu à forces égales, soit les performances lorsque le score est égal, est sujet d'une nette régression, une chute de plus de 4% comparativement à la première séquence de matchs. Dans le détail, on constate que si le débit offensif est demeuré similaire (autour de 16 chances à l'heure), le nombre de chances accordées à l'adversaire a lui passablement augmenté, passant de 14 à 17 chances à l'heure avec le score égal. Le jeu plus "agressif" prôné par Randy implique un contrôle plus relâché de la zone neutre et une propension plus affichée pour le "dompage" de puck. La LNH de l'ère post-lockout est une ligue de possession de rondelle. Quiconque n'axe pas sa stratégie sur une jalouse possession de la rondelle s'expose à de bien mauvaises surprises.
  • Le désavantage numérique est sur une bonne séquence: 22% des chances obtenues par le CH sont converties en buts (on se souviendra d'une séquence du duo Plekanec/Darche), seulement 11% des chances accordées à l'adversaire font de même. Si le taux de chances accordées rebondit, il demeure franchement impressionnant à 31 chances à l'heure. Si la chose se confirme au cours des 20 derniers matchs de la saison, on aura quelques réponses aux questions posées lors du départ de Gill.
  • L'avantage numérique continue à vivre sur ses pourcentages. Je suppose que d'aucuns auront dans l'idée de chercher une explication du côté de la "qualité" des chances obtenues, mais je ne suis pas de ceux-là. C'est simple: outre de rares séquences où les choses s'alignent correctement, le jeu de puissance passe l'essentiel de son temps à courir après la rondelle. Le schéma actuel est une faillite pure et simple, qui ne s'appuie pas sur les forces (considérables) du personnel en place.
En conclusion
Ce tout d'horizon me force à prendre mon gaz égal par rapport à Cunneyworth. Au-delà du détail de ses décisions, que je ne comprends que trop rarement, le gars a été accueilli par une vague de malchance cosmique. Après que celle-ci se fût résorbée, Gauthier a graduellement affaibli le club en se départissant d'éléments (Cammalleri, Kostitsyn, Gill) sur lesquels Martin s'appuyait continuellement pour favoriser les performances d'éléments moins expérimentés. Ces pertes devraient normalement être en partie compensées par le fait que le long travail de développement amorcé parfois l'an dernier (dans le cas d'Eller, Subban, Pacioretty et Desharnais) parfois en début de saison (dans le cas d'Emelin et Diaz) porte aujourd'hui ses fruits. On y reviendra...

5 commentaires:

specialk a dit…

Olivier, excuse my English.

Reading this I am struck that there is a potentially much simpler explanation for why JM had to go.
We may be over thinking this.

In the new NHL, high performance hockey players are extremely difficult to come by. Montreal, for better or for worse, has three: Price, PK and MaxPac.

Carey Price more or less admitted in an interview that he feels much more comfortable playing for RC than he did JM.

In my real job, I was asked to undergo some training when managing folks under the age of 25. They things I took for granted: that you have to pay your dues, that your boss doesn't have to take care of your feelings, that it's your job to come to work and do your best, not your bosses job to motivate you, are basically inverted for that age group.

When Carey says he appreciates that the coach talked to him about his feelings, this isn't some new age nonsense but an essential element to coaching 20 somethings.

You have to care about the person not just their performance. And a coach in their 50's who doesn't understand the see change in how 20 somethings expect to be treated on average is going to get himself fired.

Considering how many players Bob and Pierre ran out of Montreal because they didn't like the coach (Grabo, SK, Guillaume -- basically a really good second line), you have to think that Pierre had had enough with JM.

Basically I believe that it became clear that Carey was unlikely to sign to play 7+ years with JM as his coach. And as good as a coach JM is, it's much easier to find a good coach than it is to find a Carey Price.

The fact that team exhibited a modest decline over a statistically insignificant period of time, probably gave PG an excuse to get rid of a coach that may not have been able to coach Carey in the way Carey expected to be coached.

I don't think PG thought JM was worse than RC, I think he thought the team without Carey was worse than the team with JM.

In the new NHL with UFA, players can choose their employers, and have a huge say over who their coach is. This may feel "wrong" to the dinosaurs amongst us, me included, but is the way of the world.


kostadis

Olivier a dit…

@Kostadis: An entirely reasonable explanation. If that's the case, I'm not entirely convinced this is reassuring in any way or form. Having a great goaltender is nice, but it's not as essential as it was before the lock-out. But, as I said, it's an interesting angle, one I've certainly refrain from exploring here.

That being said, I have to say a lot of emphasis was put on results when both Pearns and Martin were fired and it was pretty clear when you listened to the players that Martin hadn't lost his room.

But I'll say this: those 3 kids developed very, very well under Jacques Martin. Maybe it was all Guy Boucher's magic touch in Hamilton back in 09-10 but still, we shouldn't neglect that aspect.

specialk a dit…

@olivier "losing the room" is an interesting expression. What it means: did the players give up on you?

However it doesn't answer the other question: will the players imagine working for you over the long haul.

I am no fan of Randy Cunneyworth, but I also can easily imagine how a 50 year old man would have a hard time relating to a 20 something.

And I know, from personal experience, that the manager-employee relationship is key to long term retention. If that is broken, then the employee is going to leave. I suspect PG and BG had finally decided that they couldn't afford losing any more talent.

I don't believe PG is an idiot. And I don't believe BG is an idiot. And firing JM was a dumb move UNLESS there was something else that is going on.

And i know that both BG and PG, not being idiots, were not going to say: "we fired JM because we think PK and CP won't sign long term".

can you imagine the outrage.

So excuses were manufactured about performance.

It's a truth that the NHL with UFA has become like all business where talent is more important than systems. In those environments you craft employment environments that work for the talent, not the other way around.

Sadly we will never know the truth.

I know i cling to this theory because its more comforting than the alternative which is the management team is run by bozos.

Charles a dit…

Somehow, I dont think it has anythging to do with the young players staying long time.

Latendresse, SK, Grabo would have left Montreal with any coach. I think it has more to do with the Montreal media and these guys being in their early 20. They weren't ready to handle the media at such age and in Montreal everything is blown out of proportion.

The media put so much pressure on player that even the strongest break at some point (Roy, Carbo...)

As far as the Martin being fired, I think it has more to do with Molson. Bedore he arrival, Gauthier was running the show and building the team around players that could have sucess under Martin.

Molson decided he wanted a more offensive and aggressive team. Those weren't strong suit under Martin. They gave him a chance to adapt his system at the beginning of the year.

Gauthier even gave him a last warning (pearns) saying either you change or you go. Martin decided to do things his way and got fired for it.

Sometimes players don't like their coach, but they will respect him if they know he puts them in a position to win every game. Which was probably the case with Martin.

Mathieu a dit…

Ce que j'aimerais savoir c'est pourquoi le Canadien a si complètement nul au score égal entre les matches 22 et 43 sans l'être que ce soit en avance ou en retard d'un but. C'est vraiment plus qu'un peu étrange, parce que le jeu ne change pas tant que ça avec un seul but de différence et ça indique que le CH aurait dû avoir la capacité de faire beaucoup, beaucoup mieux.