vendredi 20 juillet 2012

Une saison en enfer: Plekanec en 2011-12

Ma démarche commence, je l'espère, à vous être familière. Il s'agit simplement de descendre le long de l'alignement, les centres d'abord, les ailiers ensuite. L'idée est de voir ce que chacun a eu comme charge de travail et comment ils ont ensuite réussi à (ou empêcher l'adversaire de) créer quelque chose à partir de là. Toujours on en revient aux charnières de la saison: le changement d'entraîneur, les performances d'un joueur avec ou sans ses principaux compagnons d'armes.

Dans le cas de Plekanec, c'est plutôt sordide sur la fin.


Plekanec est depuis maintenant quatre saisons le premier centre du CH. Ce premier tableau, tiré du site Behindthenet.ca, ne touche qu'au jeu à 5v5 et ne rend donc pas entièrement justice à Pleks. En plus d'être devenu un des principaux leveurs de fonte du club à forces égales, d'abord avec Carbo, puis sous Martin, Plekanec est aussi un authentique numéro 9: peu importe laquelle des trois zones, peu importe laquelle des trois situations (avantage, forces égales, désavantage), c'est lui qu'on envoie au feu et c'est lui qui s'en tire mieux que les autres. Ajoutons qu'en plus d'être merveilleusement durable (8 parties manquées en 5 saisons, dont 2 pour une suspension, si je ne m'abuse) et versatile, l'homme est aussi d'une rare adaptabilité: de Kovalev à Gionta en passant par Kostitsyn et Cammalleri, c'est autant de types différents de joueurs, souvent incomplets mais toujours doués, qu'il a su faire produire et ce malgré le fait qu'outre Gionta, aucun de ceux-ci n'était naturellement doué pour le type d'assignations qui sont le pain quotidien du #14.

En ce qui concerne la saison 2011-12, l'histoire de Plekanec change de ton avec le changement d'entraîneur.


Sous Jacques Martin, c'est le bagne ou les tranchées. 43%% de son temps de glace contre le quart le plus coriace du steak adverse, un braquage parfaitement brutal aux mises en jeu en zone défensive, braquage qui jamais ne se dément, peu importe contre qui on l'envoie... Et pourtant, Plekanec fait moitié-moitié avec ses adversaires au total! En fait, il se gave face aux fonds d'alignements et remonte quand même une grosse partie de la côte contre les autres. Du gros travail.

Sous Cunneyworth, l'effondrement est total. Moins sollicité aux mises, il écrase complètement contre les hauts d'alignements pour relever la tête contre les autres. Globalement, ses assignations sont désormais celles d'un deuxième centre.

Que s'est-il passé? Outre la faillite réelle qu'est Cunneyworth comme entraîneur, une partie de la réponse se trouve dans l'examen plus précis de ses réussites sous Martin.


Sur 416 minutes jouées à 5v5 sous Martin, Plekanec en passe 250 avec Gionta. Les pourcentages des deux petits sont toujours ronflants: presque 50% de temps de glace contre le premier quart, 30% de mises en zone défensive et pourtant, jeu égal au temps de possession et aux chances de marquer. Fait à noter, leurs performances ne souffrent outre mesure lorsqu'ils ne sont pas appuyés par Subban! Aux chances, TVF et mises, ils font 49%/51%/31% en 100 quelques minutes avec PK, 53%/50%/43% dans les 150 quelques minutes sans PK.

Autre fait à noter: j'ai souvent identifié la blessure de Gomez en novembre contre la Caroline comme le coup ayant été fatal au jeu à forces égales du CH. Après cette blessure, Plekanec ne passera qu'une vingtaine de minutes avec Gionta avant que celui-ci ne tombe aussi au combat. À voir leurs performances, lorsque réunis, à voir aussi à quel point Martin s'appuyait sur eux, il semble bien que la blessure de Gionta a définitivement coulé le CH sous Martin. Cunneyworth, à la base dépassé par les événements, n'a pu que regarder le bateau sombrer.

Plekanec, lui, s'est d'abord retrouvé avec Cammalleri comme principal ailier.


Cammalleri est un ailier doué, mais il n'a jamais été et ne sera jamais autre chose qu'un joueur ordinaire sitôt sorti de la zone offensive. L'intervalle entre la blessure de Gionta et son échange montre à quel point il formait désormais avec Plekanec un duo dysfonctionnel. Protégés aux mises, ils ont quand même coulé. Les chances ne sont pas flatteuses, mais sitôt séparé du #13, le #14 remonte la pente. Puis, après le départ de Cammalleri, c'est Bourque qui s'amène. Je me garde une gène parce que 93 minutes et 121 minutes, ça n'est pas beaucoup, mais disons que ça ne partait pas dans le bon sens.

Arrive ensuite Rene Bourque.


Rien de très glorieux. Des mises en zone défensive en masse, mais peu de glace contre le premier quart adverse. Pourtant, Pleks et Bourque peinent à décoller, au total, leurs ratios de TVF et de mises en jeu. Pis encore, contre les plus durs des adversaires, ils coulent à pic. Les principaux ailiers droits seront dans l'ordre Leblanc, Darche et White.

Plekanec est un foutu bon joueur, mais il a quand même besoin d'aide. Gionta est certainement capable de lui donner. Absent de nouveaux leveurs de fonte dans l'alignement, les succès du CH reposent donc lourdement sur la santé de Gionta. Si ce dernier n'est pas Plekanec, il n'en est pas moins normalement durable, jouant 65-75 matchs par saison. Mais encore faudra-t-il que Therrien déploie ces deux joueurs de manière à maximiser leur impact. Martin le faisait. Randy? On ne le saura jamais. Alors voilà, on attend.

Bourque? Comme troisième joueur, peut-être. Mais encore là, je doute qu'il soit si tant à l'aise dans le rôle qui finira immanquablement par revenir à Pleks. Les données de Behindthenet nous en disent un peu plus sur le genre d'utilisation faite de Bourque par les Flames au cours des dernières saisons:


Bourque a été productif grâce à des saisons de 12, 13 et 14 tirs à l'heure conjuguées à des taux de conversion toujours respectables sinon exceptionnels (le 12% de 2008-09 ressort). Il a de plus atteint ces plateaux en se mesurant systématiquement aux meilleurs adversaires. Mais on doit aussi noter que ce fut toujours avec le bénéfice de nombreux départs en zone offensive et d'un bilan franchement mauvais au différentiel des tirs. En ce sens, le gros Bourque semble avoir un profil correspondant plutôt aux assignations passées de Gomez, aujourd'hui celles de Desharnais. Avec Plekanec, le gros Bourque a sombré corps et biens.

À suivre...

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