samedi 18 mai 2013

Ne pas abandonner

Dans mon bref commentaire sur le 5e et dernier match, j'avais conclu par la phrase suivante : "Anderson, répétons-le une dernière fois, a été fumant et c'est l'histoire de la série, point barre." À regarder les données que j'ai colligées pendant ces 5 matchs, je reste donc sur mes positions; les Sénateurs sont passés par la grâce de leur gardien de but.

J'y reviendrai, mais j'aimerais d'abord m'attarder à ce qui me semble être la principale faiblesse affichée par le CH au cours de cette série: ils ont lâché lorsque le score leur était défavorable.

De l'importance du pointage et du "focus"

On sait que dans la LNH, les clubs adoptent une approche plus prudente lorsqu'ils détiennent une avance confortable et qu'ils vont, au contraire, ouvrir la machine et prendre plus de risques lorsqu'ils tirent de l'arrière. De manière générale, il est convenu d'utiliser le nombre de tirs tentés (c'est-à-dire le nombre de tirs au but, de tirs bloqués et de tirs manqués) pour évaluer le temps passé par un club en zone offensive. À l'échelle de la LNH, on a constaté que les clubs qui tirent de l'arrière par deux buts ou plus obtiennent 56% des tirs vers le filet à forces égales et que ceux qui ont une avance de deux buts ou plus obtiennent, inversement, 44% des tirs au but.

Sachant qu'un écart de deux buts ou plus influe lourdement sur la stratégie des clubs, nombre d'analystes utilisent aujourd'hui le différentiel de tirs lorsque le pointage est serré pour évaluer la force réelle d'un club donné. De même, lorsqu'on regarde le sommaire d'un match, on doit comprendre que le différentiel de tirs au but n'est pas simplement le produit de la qualité des deux clubs. Le nombre de tirs (et par conséquent le nombre de chances de marquer) dépend aussi du temps passé sur les unités spéciales et du temps passé avec un écart important au pointage.

J'ai dit du CH que je leur reprochais d'avoir lâché lorsque le pointage leur était fortement défavorable. Lorsqu'on regarde le total des 5 matchs disputés lors de cette série, 230 des 302 minutes jouées l'ont été à forces égales. Sur ces 230 minutes, 140 l'ont été avec un pointage serré (égal ou encore 1 but d'écart), 47 l'ont été avec une avance de deux buts en faveur du CH et 43 minutes ont été jouées alors que le CH accusait un retard d'au moins deux buts. Sachant que le différentiel "normal" des tirs vers le filet est de 50% avec le pointage serré, 56% avec un retard de 2 buts et 44% avec une avance de deux buts, le tableau suivant me semble révélateur:

Ainsi, le Canadien a dominé lorsque le pointage était serré (54% des tirs) et il a concédé un avantage "normal" aux tirs (43%) lorsqu'il menait par deux buts. Dans les deux cas, il a largement dominé au pourcentage de chances de marquer, une première indication du fait que même lorsque les Sénateurs passaient du temps en zone du CH, ils avaient de la difficulté à pénétrer la zone dangereuse.

La ligne jaune montre donc à quel point le CH a totalement décroché lorsqu'il tirait de l'arrière, concédant l'avantage territorial, aux chances et même aux entrées de zone en possession de rondelle. Contre une équipe qui se replie pour protéger une avance, c'est plutôt décevant. J'ajouterais que le Canadien a affiché ces piètres résultats malgré un avantage marqué: ils ont obtenu 14 mises en jeu en zone offensive contre 10 en zone défensive.

Sans pouvoir fournir d'explication formelle au pourquoi de la chose, je ne peux m'empêcher de regarder du côté des entraîneurs. C'est le seul vrai reproche que je puisse faire à Michel Therrien (ses bons coups sont nombreux et je vais les souligner dans les prochains jours) et ses assistants: il semble bien qu'ils n'aient pas su garder l'équipe concentrée sur la tâche à accomplir lorsque les choses se corsaient. C'est regrettable, parce que la capacité du club à dominer le jeu dans les autres situations laissait entendre qu'ils avaient la capacité de surmonter ce genre de situation.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Stats et analyse tres interessantes ! Une tentative d'explication: Avec une equipe petite, agile et rapide de manieurs de rondelle, le CH s'en tire pas mal en partant de sa zone defensive. Par contre, quand l'autre equipe se replie parce qu'elle mene de plus de 2 buts, le jeu de transition (la force du CH) est moins necessaire, et il faut au contraire s'imposer pres du filet et dans les coins de la zone adverse, ce qui n'est pas le point fort du CH.

Je suis dans le champ la ou bien ca se tient ?

Olivier a dit…

Une explication logique, avec laquelle j'aurais intuitivement tendance à être d'accord.

Mais, c'est une des difficultés de la chose, nos "intuitions" en matière de hockey sont quelque peu déformées par certaines notions entrées dans le sens commun qui sont difficilement vérifiables.

L'importance de la grosseur des joueurs en est une. On y accorde beaucoup d'importance, mais dans les faits, les bonnes équipes ne sont pas bonnes parce qu'elles sont grosses, elles sont bonnes parce qu'elles ont un maximum de joueurs capables de prendre l'avantage sur l'adversaire dans le rôle qu'on leur donne. Ça peut sembler anodin comme ça, mais c'est hyper-important, j'y reviendrai dans de prochains billets. Un gros joueur peut se servir de sa taille pour performer, mais au bout du compte, il doit le faire.

J'aurais dû mentionner un élément pour mieux expliquer mon point dans ce billet. Pour ce qui est du CH, en 48 matchs cette saison, lorsqu'il tirait de l'arrière par 2 buts ou plus, il a obtenu 80 chances de marquer et en a accordées 75, (52%) et obtenu 243 tirs vers le filet contre 150 accordés à l'adversaire (62%).

Ils ont donc largement eu l'avantage territorial lorsqu'ils tiraient de l'arrière en saison régulière. C'est ce qui me laisse entendre qu'ils avaient plus à donner pendant cette série lorsqu'ils commençaient à se faire larguer.

Mathieu a dit…

Je m'excuse au commentateur anonyme, mais cette volonté de réduire toutes les défaillances du Canadien à son manque de grosseur m'horpille au plus haut point. C'est toujours la première explication pour laquelle on se dirige pour expliquer les défaillances du Canadien. Les gros défenseurs des Sénateurs les auraient gardés loin du but, c'est leur manque de grosseur qui les empêchent de revenir de l'arrière, c'est leur manque de grosseur qui conduit à l'avalanche de blessures...

C'est une explication facile qui a, j'imagine, de plus les avantages de s'inscrire dans une certaine perception du hockey et surtout de sembler plutôt facile à résoudre (il n'y a qu'à ajouter quelques machines à Coke pour régler le problème!) Malheureusement, comme le répète Olivier l'important est d'avoir le plus possible de joueurs qui sont *bons*, pas qui sont *gros* -- être gros est loin d'être une tare, mais l'important est de savoir utiliser cette grosseur à bon escient pour favoriser la possession de rondelle (comme le fait, par exemple, Pacioretty) et non pour frapper tout ce qui bouge sans discernement (comme le font un nombre abrutissant de "joueurs d'énergie" qui apportent "grit" et "toughness").

Tant que l'équipe est capable de pousser le jeu, la façon dont elle le fait a peu d'importance. Et le Canadien était certes capable de pousser le jeu.

Il n'y a tout simplement aucune indication factuelle que la grosseur a été un facteur déterminant dans sa défaite. Cette explication est tout aussi inapte qu'elle ne l'était après la défaite du Canadien en 2008. Les circonstances de la défaite sont immensément similaires (jeu de possession et chances de marquer dominées par le CH, tirs de près largement à l'avantage du Canadien, gardien adverse en étât de grâce, quelques buts faciles de trop par l'adversaire) et je trouve intéressant, mais un peu déprimant, qu'on utilise la même rengaine boiteuse pour expliquer la chose. Sans guère d'autre justification que l'autre équipe s'adonnait à être plus grosse.

Les Sénateurs étaient également plus jeunes. Peut-être le problème était-il là, plutôt?