jeudi 19 septembre 2013

Camp d'entrainement: Douglas Murray

Regarder Douglas Murray patiner, c'est un peu revivre la dérive des continents. Mais on doit le dire, ça n'est pas tout à fait pour son style qu'il a été ramené dans le giron du CH.

C'est un peu vexant, je ne me souviens plus d'où sort cette photo...
Faut bien comprendre que Filpulla, au premier plan, mesure 6'0 et pèse presque 200 livres. En d'autres termes: Douglas Murray mesure 6'3 par 6'3 par 6'3. C'est franchement impressionnant. Regardons d'un peu plus près ce que les données nous disent du gros Douglas, plus précisément ce qu'il a apporté à son équipe lorsque le jeu se déroulait à 5 contre 5, la phase de jeu la plus importante d'un match de hockey (je reviendrai dans un autre billet sur les performances en désavantage numérique).

Je reprends ici en l'enrichissant un peu (d'aucuns pourraient dire que je l'encombre plus qu'autre chose) une forme graphique que j'ai utilisée il y a peu pour expliquer l'importance de Brian Gionta dans les succès du club.

Cette façon de représenter l'information vise à donner une idée de la progression de la carrière d'un joueur. Comment? En comparant, à travers divers indicateurs, sa situation à celle de son équipe lorsqu'il n'est pas sur la glace. On peut ainsi voir si un joueur, comme Gionta, joue plus souvent qu'à son tour contre les meilleurs joueurs adverses et s'il joue ou non plus souvent qu'à son tour avec les meilleurs de son équipe.

À cette comparaison basée sur les temps de glace des adversaires et des coéquipiers, j'ajoute dans le cas de Murray deux autres indicateurs.

En jaune, le ratio de mises en jeu en zone offensive sur le total des mises en jeu en zone offensive et défensive. Plus les barres jaunes vont vers la gauche, plus le joueur a été appelé à prendre un nombre de mises en zone défensive plus important que le reste de son équipe. Inversement, un déplacement des barres vers la droite indique que le joueur a pris un nombre comparativement élevé de mises en zone offensive.

Les mises en zone offensive, je l'ai montré dans la répartition des mises en jeu du CH l'an dernier, servent souvent à maximiser l'impact des joueurs à vocation offensive. Les mises en zone défensive sont, elles, la province des spécialistes de la défensive. Conjugués au temps de glace, ces décalages aux mises nous donnent une idée plus claire du rôle attribué à un joueur par son entraineur.

Pour compléter le tableau, j'ai ajouté (en vert), le ratio de tirs vers le filet adverse sur le total des tirs vers le filet tentés pendant un match, ce qu'on appelle souvent dans la blogosphère le Corsi Rating. Cet indicateur permet, à travers le graphique, de voir jusqu'à quel point l'avantage territorial d'une équipe varie en fonction de la présence d'un joueur sur la patinoire.

De ces 4 indicateurs, on peut tirer quelques constats en suivant la ligne du temps tracée par le graphique de droite.

Premièrement, la surreprésentation des mises en jeu en zone défensive saute aux yeux et se maintien tout au long des 6 saisons, ce qui cadre avec l'identité de défenseur défensif qui est celle de Murray.

Ensuite, les Sharks ont systématiquement moins bien performé au niveau territorial lorsque Murray était sur la glace. Ça n'est pas en soi surprenant: on n'a pas à attendre d'un joueur aux capacités offensives limitées qu'il aide le club à tenir sa moyenne lorsqu'enterré en zone défensive. En fait, ça laisse entrevoir l'idée selon laquelle Murray aurait été employé précisément à cet effet: manger sa gratte en territoire défensif et s'en retourner au banc lorsque le jeu se dirige dans l'autre direction, un peu comme le 4e trio du CH l'an dernier.

Le temps de glace des joueurs se trouvant sur le jeu avec et contre lui est en fait le principal indicateur qui montre des mouvements intéressants.

Le premier mouvement se trouve dans le dernier quart de la saison 2007-2008. Après avoir été tenu loin des meilleurs éléments adverses en jouant avec Christan Ehroff (et parfois avec Marc-Édouard Vlasic), Murray va être jumelé à Brian Campell (amené des Sabres par voie d'échange) pour les 20 derniers matchs de la saison. Ces deux-là sont aux fauves. Surexposition aux meilleurs éléments adverses, support limité des meilleurs éléments de son équipe et lourd dosage de mises en zone défensive expliquent que les Sharks sous-performent sur le plan territorial lorsque Murray est sur la glace. Il ne s'en tire quand même pas si mal; au total, il termine quand même la saison avec un solde positif aux tirs vers le filet, ce qui indique que sa "sous-performance" est en fait lourdement attribuable au fait que les Sharks sont, en 07-08, la deuxième meilleure équipe de possession de rondelle de la ligue, derrière les Red Wings.

Murray retourne aux affaires courantes la saison suivante: faible exposition aux meilleurs éléments adverses, lourd tribut à payer en zone défensive, Ehroff à ses côtés. On voit en plein milieu de saison une période de surexposition aux meilleurs éléments adverses accompagnée d'une embellie au temps de possession. Murray est alors associé à Brian Boyle, avant d'être retourné finir la saison dans ses vieux quartiers aux côtés d'Ehroff.

De 2009-10 au deuxième tiers de 2011-12, Murray joue essentiellement avec Brian Boyle. C'est là le sommet de sa carrière, le moment où s'installe probablement cette idée d'un défenseur fiable, stable en défensive, capable de jouer contre les meilleurs éléments adverses. Murray a tout le mérite d'avoir convaincu son entraîneur de lui avoir confié pendant plus de deux saisons ces tâches extrêmement difficiles, soit prendre une surcharge défensive aux mises et aux adversaires affrontés, mais ne nous leurrons pas. Boyle est un formidable défenseur et c'est lui qui est réellement responsable des jobs de bras; chaque creux dans la courbe de la qualité des adversaires affrontés correspond à des moments ou Murray est éloigné de Boyle.

Semble en fait que le gros Murray aie été au meilleur défenseur des Sharks ce que Gill a été à Subban en 2010-11: un pur "stay at home" capable de suivre le meneur dans les pires conditions, donnant ainsi au coach la possibilité de déployer d'autres défenseurs de manière plus pointue. Les résultats ne sont vraiment plus là en 2012-13 et Murray sera alors séparé de Boyle et envoyé avec Brent Burns, un défenseur purement offensif que les Sharks convertiront en ailier la saison suivante. Murray, lui, sera tenu loin des meilleurs éléments adverses et enterré en zone défensive (avec des résultats médiocres) jusqu'à ce qu'on l'envoie à Pittsburgh.

À entendre parler Bergevin au tournoi de golf du CH au mois d'août, il était tentant de croire que le gros Murray pourrait se retrouver à la gauche de Subban. À regarder les duos défensifs utilisés par Therrien depuis le début du camp, la chose semble à exclure. Gorges et Subban forment le premier duo, Markov et Diaz le second. Reste alors Drewiske, Bouillon, Murray et Tinordi pour deux postes.

Malgré la saison écourtée, Therrien n'a pas hésité l'an dernier à investir beaucoup de temps de glace de qualité dans le développement de deux jeunes joueurs ayant été particulièrement impressionnants au camp d'entraînement. Ça permet au club d'entamer la présente saison avec un groupe d'attaquant stable, versatile et aux rôles éprouvés par l'entraineur. On peut dire la même chose des quatre premiers défenseurs: Markov, Subban et Gorges ont formé la colonne vertébrale de la défensive tout au long de la saison, alors que Diaz, après avoir rapidement monté en grade en début de saison, a rapidement été renvoyé dans les minutes dures lors de son retour de blessure.

Parce que je pense qu'il a pleine confiance en ses 12 attaquants et ses quatre premiers défenseurs, il est raisonnable de croire que Therrien va tenter des expériences avec sa dernière paire de défenseurs. Bouillon est probablement assuré d'un poste pour l'instant, mais Tinordi a (de nombreux observateurs le soulignent depuis une semaine) une occasion en or d'aller manger bien des minutes dès le début de saison.

Douglas Murray ne jouera peut-être pas beaucoup plus que George Parros. On verra.

6 commentaires:

Vanhouse a dit…

J'adore ces "lignes de temps", très visuelles et très facile à apprécier. (peut-être quelque chose à améliorer au niveau des couleurs pour que tout soit encore plus frappant, mais là je chiale)

C'est pas mal ce que l'on en pensait de Murray, mais pour qu'il ait une certaine valeur il DOIT être en mesure de jouer en désavantage numérique. Et ça, ça reste à voir.

Je crois que tu as raison en ce qui à trait au paire de défenseurs. J'ai un peu peur de revoir Markov-Subban (à 5vs5) en début de saison par contre.
J'imagine que l'on va savoir ce que MT a en tête dans les prochains matchs. J'aimerais beaucoup voir à l'essai Tinordi - Subban, ça laisserait pas mal de latitude pour les 2 autres paires.

Vanhouse a dit…

J'oubliais: très réussi la comparaison de son coup de patin à "la dérive des continents".

Beeg a dit…

Si Therrien décide (enfin!) d'utiliser Subban en désavantage numérique, et les effets attendus arrivent, la gang à l'Antichambre diront que Bergevin aura réussi tout un atout avec Murray.

Mathieu a dit…

Selon MA Godin, Therrien a declare directement que Murray faisait partie de son top-6. Je pense que c'est vrai a ce stade, mais il faudra voir combien de temps ca va durer.

Mais des fois les coachs font des affaires bizarres avec leurs defenseurs de fond d'alignement. Voir: Sopel, Brent...

Vanhouse a dit…

Sopel n'a pas durer longtemps non plus.
MT en date d'aujourd'hui ne peut pas dire que c'est Tinordi qui a cette place, ça enlèverait tout suspense d'ici la fin.
Mais clairement, on risque de voir Bouillon - Murray quelques fois....
Si ils peuvent tenir dans leur zone ça serait déjà ça.

Olivier a dit…

@Vanhouse: éventuellement, les graphiques seront plus contrasté avec des emphases. Mais c'est un processus, comme dirait Alain Vigneault :)

@Beeg: PK sur le désavantage numérique, c'est un gros point. C'est simple, pour évaluer le potentiel d'amélioration du club, s'agit de regarder là où PK est sous-utilisé.

@Mathieu: Exactement. Tortorella, un des coachs (avec therrien et vigneault) qui joue le plus agressivement du levier des mises en jeu comme moyen d'optimiser l'utilisation de ses joueurs, Tortorella donc a nié devant les journalistes que tel genre de tactique existait.

Faut jamais oublier qu'ils ne sont pas sous serment et qu'on leur remet rarement sur le nez, chiffres et faits à l'appui, leurs déclarations passées.